Résumé de l'article :
GLOBALIZATION, AMERICAN DOMINATION AND “NEW GLOBALITARIAN” MYTH
Par Dominique Martin, Jean-Luc Metzger, Philippe Pierre
Cet article vise à offrir une perspective à la fois historique et sociologique du phénomène appelé "mondialisation", en insistant sur le rôle joué par les Etats-Unis. Il cherche à cerner ce que nous nommons un nouvel imaginaire "globalitaire", partagé par une classe possédante et qui met l'accent sur un homme "neuf" qui, prémuni du chauvinisme, bondissant par dessus les frontières, serait en train de naître dans les mégalopoles planétaires. Profitant des possibilités offertes par une nouvelle « ubiquité technologique » (téléphones portables, liaisons satellites, messageries...), et ainsi de l'étrange jubilation que procure le fait de n'être avec personne tout en étant avec n'importe qui, d'être en communication sans être nécessairement en face-à-face, l'homme de cette mondialisation apparaît relié et mobile. Il exalte le libre-profit, la généralisation des normes de rentabilité dans tous les secteurs de la vie civile et le présent plutôt que les trésors du passé. A mesure que cet imaginaire d'inspiration néo-libérale se diffuse se renforce un questionnement sur le sens de nos sociétés. Nous risquons de survivre en tant que consommateurs mais existerons-nous encore en tant que citoyens ?
La mondialisation que nous vivons aujourd'hui est bien réelle, mais elle n'est ni nouvelle, ni avérée, ni « naturelle ». Et surtout, elle produit plus d'écarts que d'homogénéité. Le marché n'est malheureusement pas en passe d'abolir les inégalités. Son développement erratique les renforce. Tel est le sens général de la section I de cet article.
La fin de la seconde guerre mondiale a vu la montée en puissance des Etats nations et l'entrée dans une ère de « souverainetés limitées », qui ne prendra fin qu'avec l'épisode de la guerre froide. Blocs idéologiques et militaires se faisaient face et aussi concurrence féroce. A cette époque, un des paradoxes de la géographie des conflits politiques tenait en ces mots : si la nation était trop petite pour exercer seule son autorité sur la scène mondiale, elle était aussi d'une certaine manière trop grande pour permettre à toutes les communautés qui la composaient d'exprimer leur identité collective, un droit à l'auto-détermination linguistique ou religieuse, par exemple. L'Etat conservait souvent le monopole de la violence légitime à l'intérieur de son territoire, mais ne pouvait le conserver sans tisser des réseaux de coopération internationale.
Trente ou quarante années plus tard, E. Morin souligne que la société-monde en construction inclut une économie à laquelle il manque les contraintes d'une société organisée (lois, droits, contrôle), tandis que les instances supranationales apparaissent encore inaptes à assurer les régulations nécessaires . Il manquerait, d'une part, une conscience d'appartenir à la Terre-Patrie et d'autre part, une armée et une police internationale. Bref, reconnaît E. Morin, nous aurions les infrastructures et non les superstructures .
Nous verrons que le niveau de la nation, qui a longtemps été objet de mythification, conserve un rôle majeur même si sur la nouvelle scène mondiale, les réalités stratégiques sont tantôt aterritoriales, tantôt soumises à la concurrence de plusieurs logiques territoriales contradictoires et, de plus en plus rarement, simplement stato-nationales. Le ressort de la puissance des Etats se modifie et la violence prend des visages qui débouchent sur une nouvelle appréhension des conflits.
En section II de cet article, nous verrons que la mondialisation souligne les difficultés pour les Etats « attaqués » qui se regroupent de façon institutionnalisée pour former des cartels politiques (comme le « cartel de Bruxelles »), entraide leur assurant collectivement une certaine souveraineté face au nouveau désordre mondial. Dit autrement, les Etats-nations se répartissent les profits d'une telle solidarité, cherchent à persister, non à se dissoudre, en formant des regroupements dits régionaux. Symétriquement, les grandes institutions internationales sont bien dans des processus d'autonomisation. Objets également de mythification, leur pouvoir est cependant limité.
En section III, nous nous interrogerons sur le niveau de conscience nécessaire pour édifier une société-monde. La mondialisation amène à dépasser une théorie des relations internationales qui aurait pour seul objet les relations entre Etats. Y a t'il hégémonie d'une nation, les Etats-Unis, alors qu'on a pu croire que son déclin économique allait entraîner un déclin politique ?