1ère partie
par Philippe Nemo
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Rubrique Philosophie
Avril 2005
Ayant longuement travaillé sur l’histoire des idées politiques en Occident, j’ai acquis la conviction non seulement que le libéralisme est compatible avec le christianisme, mais qu’il est directement ou indirectement jailli de ce dernier. Je pense que c’est la Révélation biblique qui a produit peu à peu, dans le monde méditerranéen et européen, les profondes transformations socio-politiques qui devaient finalement aboutir aux démocraties libérales modernes. Évoquons très brièvement, en préambule de cet article, les principaux aspects de ce processus.
- L’œuvre fondamentale de René Girard
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a établi que la religion biblique, en retenant comme vérité religieuse la parole des victimes des mécanismes de bouc émissaire, et non le mythe, version donnée de ces mêmes phénomènes par la foule persécutrice, a brisé la vieille logique des sociétés magico-religieuses. Ces sociétés impliquaient l’unanimité et interdisaient la critique. Elles étaient incapables de toute innovation. C’est donc la compassion pour les victimes apportée par la nouvelle morale biblique qui a enrayé la production des cultures magico-religieuses fixistes et rendu possible l’apparition de sociétés désireuses et capables d’assumer le changement historique. La Bible, d’une manière plus radicale que la Cité grecque, a introduit le germe de la pensée critique dans l’Histoire. Elle a valorisé la dissidence individuelle contre le holisme des sociétés sacrales, ce qui devait être la cause évidente ou sous-jacente d’une cascade de transformations historiques.
- Le même prophétisme biblique a déterminé un dualisme fécond du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel qui est la source lointaine, mais directe, de la démocratie. Le principe de la démocratie est en effet que le pouvoir d’État n’est pas sacré et n’est pas détenu par des hommes divins ou providentiels, donc infaillibles, mais que la vérité émerge au sein de la société civile et qu’il doit donc exister des procédures institutionnelles organisant le contrôle des gouvernants par celle-ci. Or cette idée a pour origine l’attitude critique des prophètes à l’égard des rois dans l’Ancien Testament, confirmée par la parole de Jésus « Rendez à César ». Elle a été traduite en institutions politiques permanentes d’abord par l’Église romaine médiévale, qui a revendiqué pour elle seule le pouvoir spirituel et a dénié toute dimension spirituelle aux autorités séculières (se démarquant en cela du « césaro-papisme » du christianisme oriental), puis par les calvinistes des révolutions huguenote, hollandaise, anglaise et américaine des xvie-xviiie siècles, qui ont vu en tout État une « Babylone de péché » dont il faut se défier et auquel il convient de ne conférer que des pouvoirs limités. En ce sens, on peut affirmer que le christianisme a été le terreau sur lequel la démocratie a pu s’épanouir en Europe. D’ailleurs il n’y a eu d’État véritablement laïc, ni, par suite, de démocratie, dans aucune société non-occidentale non-chrétienne avant la colonisation.
- Le troisième pilier de la démocratie libérale, après les libéralismes intellectuel et politique, est le libéralisme économique. Il a été mis en place dans les institutions à travers la promotion des droits de l’homme, qui elle-même supposait une résurrection et une transformation du jusnaturalisme antique. Or ceci fut l’œuvre des théoriciens du « droit naturel moderne », Grotius, Pufendorf, Locke, qui héritaient eux-mêmes de la tradition thomiste allant de saint Thomas lui-même aux thomistes espagnols du xvie siècle (l’« École de Salamanque »). Mais cette tradition, à son tour, n’aurait pas existé sans la « Révolution papale » des xie-xiiie siècles. On sait que celle-ci a pris l’option véritablement prophétique de réhabiliter la nature humaine et ses facultés rationnelles, afin de mieux poursuivre les fins éthiques et eschatologiques de la Bible. Ses promoteurs ont fait reétudier dans les universités ces deux accomplissements de la raison qu’avaient été le droit romain et la science grecque, mais un droit christianisé à travers le droit canonique, et une science délibérément mise au service des progrès de l’humanité. En ce troisième sens encore, le christianisme a joué un rôle essentiel dans la promotion des libertés modernes. Ajoutons qu’il y avait eu, dès l’Antiquité et dès la constitution de la doctrine chrétienne par les Pères de l’Eglise qui, pour l’essentiel, furent des Grecs et des Romains, le « miracle » d’une rencontre entre liberté civique grecque, personne juridique romaine et responsabilité morale individuelle judéo-chrétienne, tout ceci convergeant dans l’humanisme. Sans cet humanisme, il n’y aurait pas eu de droits de l’homme, partant il n’y aurait pas eu de démocratie libérale ni d’État de droit pour les garantir.
Je sais que ces schémas d’explication de la genèse du libéralisme sonnent aujourd’hui comme un paradoxe, après les déluges de propagande anti-chrétienne qui ont été déversés en Europe depuis des lustres. Ils ne peuvent être établis que par des analyses approfondies d’histoire des idées. Ayant tenté l’aventure dans des travaux antérieurs, je me permets de renvoyer à ceux-ci
[2]
.
Dans le présent article, je voudrais soutenir quatre thèses philosophiques qui sont à tout moment en filigrane de cette histoire.
1) C’est l’éthique biblique qui a apporté au monde la liberté ontologique fondamentale d’où découlent toutes les autres libertés.
2) Le faillibilisme chrétien a joué un rôle-clef dans la genèse du libéralisme intellectuel.
3) L’éthique chrétienne a joué un rôle non moins important dans la genèse du libéralisme économique.
4) Si christianisme et libéralisme semblent, à certains égards, incompatibles et, à d’autres égards, intimement liés, cette contradiction apparente est due à ce qu’il y a plusieurs niveaux de libéralismes dont seuls les plus superficiels sont ou paraissent anti-chrétiens.
On peut montrer que c’est l’éthique biblique qui a apporté au monde la liberté.
L’éthique biblique apporte une sensibilité inédite à la souffrance humaine, un esprit de rebellion contre l'idée de la normalité du mal. Les prophètes hébreux exigent, au-delà du simple mishpat la justice naturelle, qui consiste à « rendre à chacun le sien » selon une règle d’égalité une tsedaqa, une justice nouvelle qui consiste non pas seulement à réparer le mal qui a été commis, donc à laisser inchangée la proportion de mal et de bien existant dans le monde, mais à créer un monde meilleur. Les prophètes qui viennent interpeller les rois d’Israël en leurs palais ne veulent pas seulement que les rois « rendent la justice », c’est-à-dire veillent à ce que soient restitués aux pauvres les biens qui leur ont été volés, mais qu’ils « créent la justice », c’est-à-dire qu’ils travaillent à ce qu’il n’y ait plus de pauvres. Nous ne devons pas seulement réparer les torts que nous avons causés ; nous devons combattre même le mal dont nous ne sommes pas la cause. C’est aussi la révélation spécifique du Livre de Job : dans le mal subi, Job entend la Parole de Dieu qui lui commande de lutter inconditionnellement contre le mal
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. Le Sermon sur la Montagne porte à sa maturité définitive cette nouvelle morale : aimez-vous les uns les autres, aimez vos ennemis, c’est-à-dire aimez même sans être payé de retour. Acceptez de payer une dette que vous n’avez pas contractée, mais dont vous héritez avec votre condition d’homme. Découvrez que, dans la mesure même où vous ne pouvez jamais acquitter intégralement cette dette, parce que votre amour n’est jamais à la hauteur de cette exigence, vous êtes originellement pécheur.
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Il faut comprendre qu’en instaurant cette nouvelle éthique et le dogme du péché originel qui lui est lié, la Bible a créé la liberté la liberté ontologique fondamentale dont les libertés politiques, intellectuelles et économiques ne sont que des modalités.
En effet, si nous sommes réputés « pécheurs », c’est-à-dire moralement responsables, c’est que nous sommes réputés pouvoir agir pour le mal autant que pour le bien, c’est donc que nous sommes réputés être libres. Nous ne sommes pas tenus par une nécessité, un destin. Nous pouvons « changer le monde ».
Chaque fois que le chrétien, à la messe, dit mea culpa, il proclame : « Je suis libre ».
C’est cette position métaphysique qui sera réaffirmée en langage philosophique par Kant. Dire que la loi morale nous détourne des inclinations de notre nature, c’est impliquer que nous ne sommes pas enfermés dans celle-ci. Toute l’épistémologie critique de Kant, opposant les phénomènes, soumis au déterminisme de l’entendement, et les noumènes, qui échappent par définition à ce déterminisme, est construite pour donner sens épistémologiquement à cette notion morale.
C’est ce qu’en revanche refuse Nietzsche, qui veut que chacun suive sa nature. Il donne raison au « grand aigle » que sa nature incite à manger le « petit mouton »
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. Il reproche aux prophètes hébreux d’avoir (avec leur regard en coin) dit au grand aigle que, peut-être, il pourrait forcer sa nature, laisser vivre le petit mouton. Il leur reproche donc d’avoir introduit la notion de responsabilité. Mais il ne se rend pas compte qu’en voulant ainsi « innocenter » l’homme
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, il l’enferme dans un déterminisme métaphysique sans recours (d’où le caractère extrêmement confus et contradictoire, ensuite, de ses théories du « Surhomme »). Nietzsche a commis, de ce fait, une autre erreur. Il a cru que l’introduction du poids de la culpabilité dans le monde, du fait de la Révélation biblique, avait entravé la puissance créatrice de l’humanité et donné le signal d’une décadence fatale de la civilisation. Il n’a pas vu qu’au contraire le postulat moral de la liberté allait provoquer une cascade de transformations historiques, celles d’où est née en quelque deux mille ans la civilisation moderne.
La sensibilité nouvelle à la souffrance apportée par la Bible change en effet la perception qu’on a du temps. Si le programme moral n’est pas de conserver l’ordre du monde tel qu’il est et revient éternellement, mais de root out the evil, d’« extirper le mal du monde » (selon la belle expression du calviniste anglais du xvie siècle Christopher Goodman), le temps ne peut plus être circulaire. Il n’y aurait pas de sens, en effet, à se donner pour programme de lutter contre le mal, si l’on ne pensait que le futur ne peut être différent du passé. Pour que la lutte contre le mal ait sens, il faut démentir l’affirmation cynique de l’Ecclésiaste selon laquelle « il n’y a rien de nouveau sous le soleil ». L’éthique biblique débouche sur une eschatologie : elle induit un passage à un temps linéaire, le temps de l’Histoire.
Cette eschatologie biblique prendra d’abord des formes explicitement religieuses, messianisme, millénarisme, mais c’est encore elle qui est souterrainement à l’œuvre dans les idéologies séculières que sont l’utopisme et la philosophie moderne du progrès.
Ce programme moral de transformation historique était inconcevable non seulement dans le contexte du paganisme ancien, mais également dans celui de la philosophie grecque ou romaine dont l’esprit reste intimement lié à ce paganisme. Pour la philosophie ancienne, d’Aristote au stoïcisme, le devenir n’est pas autre chose que le passage de la puissance à l’acte, et l’acte est Forme. Nul être ne peut escompter, souhaiter ou même concevoir qu’en avançant vers sa maturité il devienne autre chose que la Forme de son espèce, c’est-à-dire ce qu’il était déjà en naissant. Il peut être moins que sa Forme (du fait des accidents et des contingences qui peuvent le vouer à rester imparfait, inachevé, contrefait, vicieux), mais il ne sera jamais plus. Il n’est pas libre de devenir autre chose que ce qu’il est. Et le monde, qui reviendra éternellement, imposera éternellement cette même limite à tous les êtres.
L’éthique biblique rend nécessaire, au contraire, la brisure de l’essence. Elle fait de l’homme, comme l’a dit Levinas, un « autrement qu’être »
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. L’homme, selon la formule de saint Augustin, est un irrequietum cor, un cœur inquiet qui ne peut se reposer dans une essence parce qu’étant capax Dei, il peut recevoir en lui l’Infini par rapport à quoi toute essence est néant. Alors que l’Infini, chez les Grecs, était un non-être, la Bible fait de l’Infini la positivité même. C’est ce qui était nécessaire pour que la liberté ait un registre ontologique nouveau où s’épanouir. Le concept de liberté implique en effet, par définition, l’indétermination. Si l’indéterminé est pensé comme pure négativité, la liberté ne vaut rien. Voilà pourquoi ce n’est pas la philosophie gréco-romaine, pour laquelle l’ousia est déterminité, mais la Bible, pour laquelle c’est l’Infini qui est la vraie ousia, qui a apporté au monde le registre ontologique seul capable d’ouvrir un champ à la liberté et à la transformation du monde.
Mais l’indéterminé est inconnu et même inconnaissable. Le Temps est ouvert. L’avenir ne peut manquer de démentir les attentes. D’où un nouveau concept apporté par la Bible, et plus spécifiquement par la théologie chrétienne, la faillibilité.
Pour beaucoup de nos contemporains influencés par la propagande anti-chrétienne, le christianisme est synonyme de dogmatisme et il est, en ce sens, incompatible avec la liberté de conscience et de recherche intellectuelle inséparable du concept de libéralisme. Quand on leur parle des rapports entre science et christianisme, ils objectent aussitôt les bûchers de l’Inquisition. Mais il faut comprendre que cette opinion est l’enfant illégitime qu’a fait au christianisme le pape Pie IX avec son encyclique Quanta cura et son trop fameux Syllabus. On peut montrer au contraire que dans le christianisme réside la source la plus pure et la plus intransigeante de l’esprit critique.
L’enquête anthropologique et historique montre que l’unanimisme idéologique qu’essaient de protéger des institutions répressives comme l’Inquisition n’est nullement le propre des sociétés chrétiennes. On en trouve l’équivalent dans toutes les sociétés traditionnelles (pour ne pas parler des totalitarismes modernes marxistes ou nazis, qui ont eu leurs « bûchers de l’Inquisition » alors qu’ils étaient violemment anti-chrétiens ; nous y reviendrons). S’il n’avait pas existé quelque forme d’unanimité idéologique obligatoire en Chine, au Japon ou dans les pays d’islam, la science s’y fût développée. En Grèce même, si la liberté critique avait eu dans le terreau de la civilisation païenne tous les éléments capables de la nourrir, la science n’y aurait pas été étouffée pour ainsi dire dans l’œuf (les historiens de la science grecque ont souligné que les savants ne furent pas soutenus par la société et qu’ils furent bientôt abandonnés par les quelques rois d’Alexandrie et de Pergame qui les avaient « sponsorisés », raison pour laquelle, après de si beaux débuts, la science ne put se développer en Grèce
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).
Si donc l’esprit scientifique a mieux prospéré dans l’Europe moderne, c’est qu’un élément nouveau s’était mêlé à la vieille rationalité grecque. Cet élément a consisté dans la conscience qu’ont eue les théologiens et les philosophes du monde chrétien des limites de la raison humaine. Cela remonte loin, et en particulier à la tradition de la théologie négative ou apophantique qui va de Philon d’Alexandrie, de Grégoire de Nysse ou de Denys l’Aréopagite à saint Jean de la Croix. La raison humaine peut démontrer qu’elle ne sait pas tout et, s’agissant de Dieu, qu’elle ne sait rien (même si Dieu est autrement connu). Or, à la différence du scepticisme grec, qui est purement négatif, la tradition apophantique montre qu’on peut progresser dans la connaissance par le fait même qu’on renonce à une certaine connaissance idolâtrique, trop sûre d’elle-même : c’est précisément connaître Dieu que de démontrer qu’il est inconnaissable.
Ainsi, le fait même de prendre conscience de ses limites peut aider la raison humaine à reculer celles-ci. On connaît le « rationalisme critique » de Karl Popper : la raison dogmatique est une déraison, qu’il s’agisse du dogmatisme religieux ou de celui qui est implicite dans l’« arbre de la Philosophie » de Descartes. Si donc on veut progresser vers la vérité, il faut sacrifier la certitude. Il faut poser en thèse que toute vérité scientifique peut être remise en cause, par des faits, par des raisonnements, par des paradigmes nouveaux qui, eux-mêmes, doivent pouvoir être mis en avant par des hommes et des institutions libres. Cette conviction que Popper a magnifiquement mise en forme dans sa théorie formelle de la falsification est née, croyons-nous, sur un terreau chrétien.
Elle parcourt en effet les grands débats européens sur la tolérance qui ont eu lieu au Moyen Âge (Abélard, Nicolas de Cuse…), au temps de l’humanisme (Pic de la Mirandole, Montaigne, Bodin…) et aux xviie- xviiie siècles. Chaque fois, dans ces débats, on oppose l’esprit à la lettre, ce qui revient à affirmer la faillibilité de toute lettre, l’inadéquation de toute forme à la vérité substantielle, qui ne peut être qu’approchée. On cite la Bible en disant que Dieu seul « sonde les cœurs et les reins » : c’est donc que la vérité de l’existence, y compris de sa propre existence, échappe à l’homme. C’est au nom de l’insaisissable vérité chrétienne que l’on combat les positions chrétiennes par trop dogmatiques. L’homme, avant qu’il puisse voir Dieu au Ciel, est dans l’obscurité et dans l’inachèvement. S’il prétend s’appuyer sur une vérité du dogme chrétien pour tuer son prochain, il fait injure à ce dogme même, qui ne peut être contraire à l’amour chrétien ; s’il prétend user du bras séculier pour imposer sa propre vision du vrai, il se gonfle d’un orgueil coupable. Certes, pendant que les sages discutent ainsi de la tolérance, des milliers de chrétiens s’entretuent dans les Guerres de Religion. Mais lesquels sont les plus chrétiens ? Les foules persécutrices de la Saint-Barthélémy, qui ressemblent à toutes les foules persécutrices de tous les temps toutes religions confondues , ou les Érasme, les Mélanchton et les Pascal ?
Le texte de Pascal sur les Deux infinis met en évidence le fait que cette situation ontologiquement et épistémologiquement instable de l’homme fait sa fécondité. Le « roseau » qu’est l’homme est « pensant ». Et c’est dans le contexte d’un même inachèvement existentiel que Pascal se risque aux hypothèses les plus radicales en matière scientifique et au « pari » de la foi.
Le protestantisme a joué ici un rôle éminent. Dans l’Areopagitica de John Milton, le premier grand livre contre la censure, il est dit que Dieu a créé l’homme faillible, mais qu’en même temps il l’a créé désireux et capable de vérité. Le salut de l’humanité implique donc que les hommes puissent reconstituer les morceaux de la vérité éclatés depuis la Chute, et ceci nonobstant les limitations de la raison individuelle. Ceci se fera par un effort collectif où chacun apportera sa pierre à l’édifice de la science, comme jadis les différents artisans ont collaboré à la construction du Temple de Jérusalem. C’est donc lutter contre Dieu lui-même que de vouloir bloquer ce processus en cours en interdisant l’expression d’opinions nouvelles. Les dirigeants politiques qui prétendent exercer une censure contre les impies prétendent par là même détenir intégralement la vérité, et c’est cela qui est l’impiété.
D’autres formes des mêmes arguments se retrouvent chez les grands penseurs modernes de la liberté de penser, Grotius, Locke ou Bayle, tous anti-dogmatiques parce que chrétiens ardents.
Pierre Bayle, en particulier, a montré que l’esprit humain est pour ainsi dire plus petit que lui-même, qu’il ne comprend pas, à l’instant t, ce qu’il comprendra à l’instant t + 1. Qu’il n’existe pas un esprit humain semblable à lui-même en tout temps et en tout lieu, qui admettrait ou refuserait les vérités de la foi selon que l’homme est bon ou méchant ; qu’au contraire l’esprit est une construction, liée aux influences de l’enfance et du milieu, influences qui s’inscrivent dans l’âme de manière aussi ineffaçable qu’une inscription faite au burin sur une plaque de cuivre vierge ; et que, selon qu’un homme a « bu avec le lait » le catéchisme du « concile de Trente » ou celui du « synode de Dordrecht », il verra le monde et envisagera les vérités de la foi d’une façon irréductiblement disparate. On ne peut, pour cette raison, forcer la conscience des hommes et des savants pour les ramener à l’unanimité idéologique
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. Le mieux que des savants qui seraient de bons chrétiens puissent faire est de s’écouter mutuellement, et que chacun fasse bon usage de ce que l’autre lui dit et lui montre, à quoi lui-même ne pouvait spontanément songer. Et Bayle de prôner la critique mutuelle des esprits au sein d’une « République des Lettres » qui, à la différence d’un Magistère, reste toujours ouverte et ne s’arrête à aucune opinion réputée définitive. La vérité émerge au sein d’une communauté scientifique ouverte, où nul n’a de position épistémique privilégiée. C’est parce qu’il est l’auteur de cette théorie que Bayle a pu être le père spirituel du mouvement des Lumières, lancé par son Dictionnaire historique et critique. Où l’on voit mais ce n’est pas souvent dit ! que ce grand mouvement européen qui a permis l’épanouissement de tant de pensées non-chrétiennes n’en a pas moins été initié selon la logique d’une pensée théologique profondément chrétienne. Or c’est du mouvement des Lumières et de l’effervescence intellectuelle qu’il a provoquée dans toute l’Europe que sont sorties les théories libérales modernes.
La même veine court jusqu’à Wilhelm von Humboldt et John-Stuart Mill, en passant naturellement par Kant, le grand penseur de la Critique, qui n’a pu mettre sur pied sa doctrine critique que parce qu’il était conscient à la fois des limites de l’entendement humain et de la nécessité de faire une place dans sa conception du monde aux « postulats de la raison pratique », c’est-à-dire à la morale et à l’espérance chrétiennes. D’autres esprits encore, au xixe siècle, seront libéraux en vertu de la même logique théologique, tels Benjamin Constant, Montalembert, Bastiat ou Lord Acton.
Hayek a énoncé une thèse vigoureuse :
« Toutes les institutions de liberté sont des adaptations au fait fondamental de l’ignorance ; elles sont forgées pour permettre d’affronter les hasards et les probabilités, non la certitude. »
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On peut réellement soutenir que c’est l’esprit chrétien qui a prédisposé l’homme occidental médiéval et moderne à reconnaître en lui l’« ignorance » (puisqu’il est créé et pécheur), et l’existence de « hasards » et de « probabilités » (puisque l’histoire n’est pas Éternel Retour mais Temps ouvert). Donc la genèse des institutions de liberté a un lien essentiel avec le christianisme.
Hayek l’a reconnu du bout des lèvres mais sans bien comprendre, peut-être, toute la portée et la signification de ce qu’il écrivait lorsqu’il a dit que le libéralisme n’avait « pas de querelle » avec le christianisme
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, précisément parce que l’un et l’autre reconnaissent les limites de la raison humaine, par opposition au constructivisme non-critique des socialistes qui ne les reconnaît pas. Mais Hayek n’a pas approfondi la raison de cette absence de querelle : il n’a pas vu qu’elle s’explique par une véritable filiation. Michael Polanyi est allé un peu plus loin que lui à cet égard lorsqu’il a soutenu que la liberté a été sauvée en Europe lorsque, aux élections de 1946, l’Italie a voté pour la démocratie chrétienne contre le communisme. Beaucoup d’incroyants ont voté avec la majorité catholique, dit-il, parce qu’ils ont senti que les libertés des Lumières seraient mieux préservées dans le cadre d’une société chrétienne que dans celui d’une société communiste, que l’on donnait pourtant pour un prolongement direct de ladite philosophie des Lumières
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. La caractéristique propre des sociétés chrétiennes, qui les rend aptes à engendrer et faire vivre des institutions libérales, est en effet, poursuit Polanyi, que leur idéologie réserve explicitement une place à l’« imagination » et donc à l’inconnaissable. Les chrétiens malgré leur long compagnonnage de route avec différentes formes de socialisme ne pouvaient qu’avoir une réticence finalement invincible à l’égard de régimes totalitaires fondés sur l’idéologie, et, à l’inverse, les hommes spontanément réticents à l’égard de ces régimes ne pouvaient que se sentir à l’aise dans le modèle de société incarné par la démocratie chrétienne.
Le théoricien qui a le mieux expliqué ce dernier point est, à ma connaissance, le philosophe français Cornélius Castoriadis. Sa contribution dans ce débat n’a pas été suffisament remarquée jusqu’à présent, ce qui justifie que j’y insiste maintenant.
Dans un livre consacré à l’analyse socio-historique et géopolitique du régime soviétique
[13]
, Castoriadis se demande pourquoi ce régime est le seul de l’Histoire à n’avoir pas produit d’art, ou plus exactement à avoir constamment pourchassé le Beau et positivement promu la Laideur. Problématique esthétique qui a, apparemment, peu à voir avec celle des relations entre libéralisme et christianisme, mais dont on va voir qu’au contraire elle la rejoint étroitement.
Castoriadis rappelle d’abord que tout chef-d’œuvre de l’art est un absolu, en ce sens qu’il ne peut être jugé selon d’autres critères que ceux qu’il institue lui-même. Il crée un monde. C’est pourquoi les chefs-d’œuvre sont incomparables ; dès lors qu’ils sont beaux, ils le sont autant que tout autre chef-d’œuvre. Il y a de « grands » artistes, comme Bach, qui ont écrit un très grand nombre de chefs-d’œuvre musicaux, et des artistes moins importants, comme Duparc, qui n’en a écrit qu’un. Mais l’Offrande musicale n’est pas plus belle que les Mélodies de Duparc. En effet, pour comparer ces œuvres, il faudrait pouvoir les faire passer sous une même aune, et pour cela il faudrait qu’elles s’inscrivent dans un même monde, ce qui n’est pas le cas.
Maintenant, que signifie, pour une œuvre d’art, qu’elle « crée un monde » ? Cela veut dire qu’elle n’est déduite d’aucun monde antérieur. La Neuvième symphonie de Beethoven n’est pas une suite logique de la Huitième, ni d’aucune autre œuvre antérieure de Beethoven, a fortiori d’aucune œuvre d’un autre compositeur, ni d’aucune considération philosophique, politique, sociale ou scientifique. L’œuvre, en jaillissant, rompt avec la trame du monde existant.
Mais alors d’où vient-elle ? Il faut admettre qu’elle jaillit « de rien », qu’elle est créée ex nihilo.
Castoriadis articule alors une pensée de nature à résoudre l’énigme souvent évoquée par les philosophes de l’art, mais jamais résolue de façon satisfaisante selon laquelle l’œuvre d’art touche à la fois au fini et à l’infini. En créant l’œuvre, l’artiste exhibe une Forme, morceau de musique, tableau, poème, qui est déterminité et finitude (ce que Castoriadis appelle l’Endroit de l’œuvre). Mais, en tant que cette œuvre est un chef-d’œuvre pleinement original qui n’est pas déduit du monde antérieur, elle fait voir, ou du moins fugacement entrevoir, le nihil dont elle sort, l’Abîme, le Sans-Fond (Abgrund) qui est son fond (ce que Castoriadis appelle son Envers). C’est en ce sens qu’elle est (pour parler comme les mystiques) une « touche » de l’Infini. Ainsi fait-elle voir à la fois Forme et Infini, et fait-elle voir l’un par l’autre (c’est pourquoi, pour atteindre le plein effet de l’art, il ne suffit pas d’une œuvre banale, informe, ces « cris » auxquels l’art moderne a voulu ramener la musique ou la littérature, ou ces « carrés noirs sur fond noir » auxquels il a voulu ramener la peinture ; seul montre l’Infini l’artiste qui est assez puissant pour créer une Forme qui ne soit intégrable à aucune forme antérieure connue, morphogenèse positive dont seuls sont capables les « génies »).
Nous pouvons en venir maintenant à l’Union soviétique et au problème de la liberté sociale.
Si toute œuvre d’art qui est un chef-d’œuvre crée réellement un monde, elle prouve par là-même qu’un autre monde est possible que ceux qui existaient jusque-là. Elle frappe de contingence le monde existant. Elle prouve qu’il n’était pas le seul monde possible. Or le régime soviétique était fondé sur l’idéologie qui prétend, au contraire, qu’un seul monde est possible, parce qu’il est nécessaire, celui qui est décrit et expliqué par l’idéologie marxiste-léniniste. Celle-ci prétend être une théorie complète de l’histoire, de la société et même de la nature, de leurs lois, de leur devenir. Tout ce qui a existé, existe et existera est donc supposé être conforme à l’idéologie et exhaustivement explicable par elle. Le Savoir Absolu de l’idéologie exclut que surgisse, sinon un inconnu, du moins un inconnaissable. Il est entendu que toute réalité inconnue pourra être interprétée dans le cadre de l’idéologie et donc incluse dans le monde qu’elle instaure.
La conséquence est claire. Toute chef-d’œuvre de l’art, dans la mesure où il prouve par sa seule existence qu’un autre monde est possible, réfute par là même l’idéologie et, de ce fait, délégitime le régime politique fondé sur elle. Et il le fait par sa seule existence, sans avoir besoin de rien dire idéologiquement contre l’idéologie.
Voilà pourquoi le régime soviétique ne pouvait pas laisser vivre librement même un art politiquement neutre, sans contenu idéologique identifiable, un « art pur » tel que la musique. Même le « réalisme soviétique » qui, par définition, s’inscrit dans le monde de l’idéologie officielle, ne pouvait être admis qu’à condition, en outre, que les œuvres produites d’après cette norme fussent laides (car, si elles avaient été belles, elles auraient créé par là même un monde nouveau, inintégrable à l’ancien). Tout chef d’œuvre véritable, au contraire, ne pouvait être perçu par le régime que comme une menace, d’autant plus terrible et immédiate qu’insaisissable. Voilà pourquoi le régime soviétique devait pourchasser activement le Beau et promouvoir activement le Laid.
On voit que l’explication que donne Castoriadis de la stérilité de l’art dans le régime soviétique va bien au-delà des explications banales données d’ordinaire au phénomène, à savoir la bureaucratisation de l’art, la tyrannie des médiocres, le conformisme.
Précisément, le conformisme et même la dictature n’ont pas toujours étouffé l’art. Castoriadis rappelle que bien des régimes politiques du passé ont été despotiques, cruels et arbitraires, sans que cela constitue un obstacle à l’éclosion d’un art authentique. Il nous paraît naturel aujourd’hui de penser que l’art vit de liberté, que l’artiste doit être protégé de toute norme étouffante, de tout académisme. Mais c’est une vue superficielle. Les plus grands chef-d’œuvre de l’art européen sont nés dans un contexte d’étroite contrainte sociale. Les cathédrales, la musique religieuse, ne relèvent d’aucune « fantaisie », mais sont au contraire encadrées dans des normes très étroites dictées par les croyances et pratiques religieuses. La littérature, le théâtre classiques ont longtemps été tenus dans des règles et convenances non moins étroites. Pourquoi cela n’a-t-il pas empêché les chefs-d’œuvre d’éclore dans ces régimes quasi-dictatoriaux, et pourquoi la dictature socialiste fait-elle exception à cet égard ?
La réponse est que, dans la mesure où les sociétés étaient religieuses, une place y était explicitement réservée à l’Infini. Un chef d’œuvre ne devait pas, certes, braver ouvertement les rois, l’Église ou en général l’establishment (l’on sait que le malheureux Bach, par exemple, eut souvent maille à partir avec les bourgeois de Leipzig à l’esprit particulièrement borné). Mais qu’une œuvre fût belle, cela n’ébranlait pas la société, bien au contraire. Il était entendu que Michel Ange travaillait ad majorem Dei gloriam : dès lors, l’originalité profonde, bouleversante, des fresques et tableaux de la chapelle Sixtine ne pouvait qu’agréer au pape, à son entourage et au peuple de Rome. Bien sûr, il y eut des murmures, des cabales, des jalousies ; les artistes y sont toujours exposés. Mais il n’y eut pas d’interdit. De même, la foi luthérienne des bourgeois de Leipzig se sentait secrètement confortée par le génie de Bach qui, en travaillant lui aussi ad majorem Dei gloriam, illustrait par là-même la ville. Dans toute société ou existe une religion, il y a, dans le discours public, une place marquée d’avance pour l’inconnaissable, et dès lors la « touche de l’infini » apportée par l’art est admise et même attendue. En revanche, les totalitarismes marxistes et nazis, qui ont été grande nouveauté dans l’histoire intégralement athées, ne faisaient pas de place à l’inconnaissable ; partant, ils ne pouvaient en faire au Beau.
Il faut élargir l’analyse. Une société religieuse qui permet l’émergence de l’art permet, pour les mêmes raisons, l’éclosion de bien d’autres libertés. Car, à partir du moment où l’on admet que le Nouveau peut surgir, que notre monde n’est pas le seul nécessaire, que tout ce qui est pourrait ne pas être, ou être autre qu’il n’est, on reconnaît qu’à tout moment le pouvoir créateur des hommes peut comme l’a montré Hannah Arendt être cause de nouvelles aventures humaines, démarrer de nouvelles Histoires. On est porté, par là-même, à respecter la personne humaine et ses libertés. Toute la foi de l’Occident chrétien a reposé sur la conviction que chaque personne humaine recèle une part d’inconnaissable d’où surgira peut-être l’étincelle créatrice qui ouvrira l’avenir, non pas seulement pour cette personne elle-même, mais aussi, peut-être, par les pensées inédites qu’elle exprimera, par les œuvres qu’elle créera, par les exemples moraux qu’elle donnera, par les entreprises ou les institutions qu’elle fondera, pour toute la communauté. Mais on ne laissera ces personnes librement engendrer ces fragments d’Histoire que si l’on respecte en elles une « étincelle du feu divin » et s’il est, pour ainsi dire, de notoriété publique que le monde n’est pas achevé.
La religion, en ce sens, n’est pas seulement importante dans la genèse du libéralisme, elle est indispensable au maintien de la liberté dans la durée. Il est extrêmement douteux qu’une société qui serait entièrement athée puisse demeurer longtemps une société libérale.
[1] Les deux livres essentiels sont La Violence et le sacré (1970) et Le Bouc émissaire (1982).
[2] Cf. Philippe Nemo, Histoire des idées politiques dans l’Antiquité et au Moyen Âge, Paris, puf, 1998 ; Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporains, puf, 2002 et 2003 ; « The Invention of Western Reason », in B. Brogaard, B. Smith (ed.), Rationality and Irrationality, Rationalität und Irrationalität, obv & http, Wien, 2001 ; Qu’est-ce que l’Occident ?, puf, 2004, trad. italienne, Roma, Rubbettino Editore.
[3] Voir notre livre Job et l’excès du mal [1978], nouvelle édition, avec une postface d’Emmanuel Levinas, Albin Michel, 1999 et 2001. Traduction italienne : Giobbe e l’eccesso del male, Citta nuova editrice, 1981.
[4] Toute cette problématique de l’éthique biblique comme dissymétrie et « responsabilité pour autrui » a été magnifiquement articulée par Emmanuel Levinas, y compris la signification philosophique ici évoquée du « péché originel ». Levinas exprime le point de vue du judaïsme, mais reconnaît la continuité fondamentale existant du point de vue éthique entre la morale prophétique et la morale évangélique.
[5] Cf. Frédéric Nietzsche, La Généalogie de la morale, Première Dissertation.
[6] L’innocent par excellence est l’Enfant, donné par le texte fameux des « Trois métamorphoses » d’Ainsi parlait Zarathoustra, comme la figure humaine suprême, supérieure à celle de l’homme de devoir (le « Chameau ») et même à celle de l’homme de combat (le « Lion »). Mais cet Enfant « innocent » peut faire ou laisser faire Auschwitz. Il est innocent, mais au sens où le sont la pierre ou les étoiles, animées par leur seul conatus essendi. L’homme n’est humain qu’en refusant ce statut ontologique d’insignifiance, en devenant un « autrement qu’être » (cf. infra).
[7] Cf. Emmanuel Levinas, Autrement qu’être ou au-delà de l’essence, La Haye, Martinus Nijhof, 1970.
[8] Cf. Geoffrey e.r. Lloyd, Les débuts de la science grecque, 2 t., Paris, La Découverte, 1990, chap. 10 du t. 2.
[9] Cf. Pierre Bayle, De la tolérance. Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ : « Contrains-les d’entrer », Préface et commentaires de Jean-Michel Gros, Paris, Presses Pocket, 1992. Voir également Albert de Lange, La question de la tolérance chez Pierre Bayle, brochure n°5 du Séminaire « Histoire du libéralime en Europe », CREPHE-CREA, 2003 (texte disponible sur le site du Centre de recherche en philosophie économique de l’ESCP-EAP, http://www.escp-eap.net/fr/faculty_research/crephe/).
[10] Friedrich August Hayek, The Constitution of Liberty, London, Routledge and Kegan Paul, 1960, p. 30.
[11] F. A. Hayek, The Constitution of Liberty, op. cit, p. 407.
[12] Cf. Michael Polanyi, The Logic of Liberty [1951], The University of Chicago Press, Midway Reprint, 1980, p. 108-109 et 198-199 ; trad. fr. puf, 1989, p.145-146 et 244-245.
[13] Cornelius Castoriadis, Devant la guerre, Paris, Fayard, 1981.