Côte d’Ivoire : L’épreuve du concept
Par Jean-Gobert Tanoh
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Rubrique Philosophie
3 août 2010
Le 7 Décembre 1993 est annoncée la mort du premier président de la Côte d’Ivoire : Félix HOUPHOUET-BOIGNY. La constitution ivoirienne, en pareil cas et en son article 11, donnait possibilité au président de l’assemblée nationale d’achever le mandat en cours. Et c’est ainsi que Henri Konan BEDIE accéda au pouvoir d’Etat. Cette disposition constitutionnelle, fortement contestée, parce que perçue par beaucoup en Côte d’Ivoire comme discriminatoire (maintien du groupe ethnique Akan au pouvoir), est a priori la cause historique du drame ivoirien. Les contestations, parfois violentes, du pouvoir Bédié conduisent fatalement au coup d’Etat du 24 Décembre 1999. Dès lors s’installe sérieusement en Côte d’Ivoire une instabilité sociale et politique (plusieurs tentatives de coups d’Etat) qui malheureusement aboutit à la rébellion du 19 Septembre 2002.
Au-delà de ces réalités politiques et historiques, il nous apparaît clairement que la raison fondamentale du drame que vit la Côte d’Ivoire se trouve dans le manque d’une représentation substantielle des choses. Représenter substantiellement les choses, c’est penser notre rapport au concept, si tant est que les idées déterminent nécessairement nos actions. Celles-ci sont confuses et dangereuses ou claires et constructives selon que nos représentations essentielles sont mal ou bien assurées. C’est tout le sens de notre réflexion ici, qui s’article autour des points suivants :
I- L’inconsistance de soi
II- Le refus de l’universel
III- L’humanisme politique
I - L’INCONSISTANCE DE SOI
La vérité de toute gestion, qu’elle soit du pouvoir politique ou d’autres choses, se situe dans la dialectique de l’intériorité et l’extériorité. Nul ne peut le contester, et c’est ce qu’exprime le dire populaire suivant : «On ne peut donner que ce qu’on a. » Toutefois à bien analyser les choses, l’intériorité précéderait l’extériorité, même si celle-ci participe de façon constante et permanente à l’ajustement et au peaufinement de la première. Cependant le dynamisme de l’extériorité ne peut être un argument pour diminuer l’importance radicale de l’intériorité ; bien au contraire, par cela même, l’extériorité confirme en dernier ressort que ce qui est essentiel et fondamental demeure absolument l’intériorité.
Dès lors on ne peut se méprendre sur l’exigence d’un exercice rigoureux de tout pouvoir. Car le pouvoir exige une nécessaire énergie intérieure pour l’accomplir. En conséquence s’impose à l’homme une présence totale à soi-même dont le terme est fonction du contenu du pouvoir en rapport avec sa nature, son étendue, sa durée et sa visée. Plus le pouvoir est important en ces aspects, plus devient nécessaire l’habiter intérieur. Et cela parce qu’un pouvoir rigoureusement conforme à lui-même déborde sa dimension théorique, pour autant que nul ne peut avoir la prétention de fixer l’imprévu. Fixer l’imprévu serait en soi absurde.
Où pouvons-nous le trouver pour le fixer puisqu’il est imprévu ? Et le sens de l’imprévu est clair parce qu’il dit ce qui ne peut être prévu, ce dont on ne peut avoir la moindre idée. Mais ce dont on ne peut avoir la moindre idée n’est pas pourtant inexistant ou irréel. Il existe, et est bien réel dans l’ordre des choses qui manifestement nous échappe dans son entièreté, parce que nous sommes simplement marqués par notre limite ontologique ; alors, un beau jour, à un moment vraiment inattendu où nous sommes à la surface de nous-mêmes, l’imprévu, en sa dimension sensible, se révèle de façon tyrannique parce que brûlé par le feu de la nécessité. L’imprévu n’est pas alors seulement un imprévu, quelque chose de banal et insignifiant, mais un Imprévu s’imposant par sa nécessité. Ce feu de la nécessité ne se négocie pas, et on ne peut point transiger avec lui. Brûlant d’un feu incandescent et irradiant, la polymathie, c’est-à-dire le fait d’apprendre beaucoup ou d’avoir appris beaucoup, ne peut être opposée au feu de la nécessité. Car l’étendue du savoir ne coïncide pas nécessairement avec un habiter radical où s’accueille sereinement le feu de la nécessité. L’habiter radical est entendu comme correspondance intelligente à l’intelligence. C’est pourquoi Héraclite note paradoxalement ceci : « Le fait d’apprendre beaucoup, la polymathie, n’instruit pas l’intelligence. Autrement il aurait instruit Hésiode et Pythagore, ainsi que Xénophane et Hécatée. » [1] Que Hésiode, Pythagore, Xénophane et Hécatée soient considérés par Héraclite comme des gens sans instruction véritable, voilà bien quelque chose d’extrêmement surprenant. Qui pourra bien contester la valeur d’esprit qui fut celle de ces grands hommes de l’histoire grecque et de l’histoire universelle ? Personne sans doute ! Ils ont contribué, selon le mot de Hegel, à faire de « la Grèce le point lumineux de l’histoire. » [2] Beaucoup plus connu que les autres, Pythagore reste une véritable légende même pour le petit adolescent du collège. Les mathématiques et la philosophie reconnaissent en lui une grande référence universelle. Alors la présente parole de Héraclite apparaît tapageuse et scandaleuse. Mais pour qui suit sérieusement l’histoire universelle, peut-il considérer Héraclite comme un adepte des déclarations tapageuses et scandaleuses ? Absolument pas ! Héraclite n’était-il pas appelé l’obscur ? Si, parce qu’il questionnait la clarté. Est-il juste de questionner ce qui est clair pour autant qu’il est déjà clair ? Sans doute non ! Et pourtant, c’est ce que fit Héraclite sa vie durant.
Alors il nous faut entendre autrement la parole d' Héraclite, qui ne nie point la qualité d’esprit de ses compatriotes, pour mieux entendre l’exigence intérieure où se tisse toute exigence historiale. L’entendre autrement doit pouvoir nous conduire à resituer les critères d’appréciation de l’intelligence, souvent confus, qui nous induisent et induisent les autres en erreur. Est-on intelligent par la somme des connaissances, par le nombre et la qualité des diplômes où par la maîtrise d’une spécialité donnée ? Certainement pas ! Mais bien des personnes, à partir des éléments sus-cités, vivent avec la certitude qu’elles sont intelligentes et comprennent les choses plus que les autres. Prêtes à tout expliquer comme si les autres étaient absolument ignorants. Or ces éléments ne peuvent en aucun cas constituer des critères authentiques de l’intelligence, pour autant que connaissances, diplômes et spécialités demeurent quelque part des ignorances épouvantables, nous entraînant hors de nous-mêmes, loin du séjour où se révèle, dans sa parfaite clarté, ce qui est en soi intelligent.
Ainsi le critère d’intelligence que nous donne la parole d' Héraclite n’est pas celui d’une accumulation de connaissances, mais l’accueil de ce qui accueille et recueille, dans l’intime séjour de son être où l’homme est en dialogue constant avec ce qui donne clarté et consistance à toute chose, à savoir la Nécessité, rendue manifeste par les choses dans la dualité des contraires. Hors d’elle, c’est-à-dire de la Nécessité, l’homme se construit dans l’inconsistance, et ne peut soutenir son feu brûlant, dans ce que l’on nomme banalement imprévu. Vouloir s’y opposer sans avoir l’humilité de la reconnaître et de l’accueillir, c’est inexorablement s’engager dans l’autodestruction, et cela devient dramatiquement intenable quand on a la responsabilité d’un pays. Alors un chef déséquilibré par l’Imprévu de la Nécessité ne peut que déséquilibrer ses sujets. Un président jeté dans la confusion par l’Imprévu ne peut que conduire son peuple dans la confusion par l’élaboration de théories dévastatrices comme l’ivoirité, ou par la violence meurtrière, précédée d’une propagande politique sans retenue et sans respect des normes élémentaires de l’éthique humaine, au mépris simplement de l’autre et de la différence.
Quel est donc l’Imprévu qui rend manifeste l’inconsistance de ceux qui ont eu ou qui ont la responsabilité de la Côte d’Ivoire depuis la mort de Houphouët-Boigny en 1993 ? L’Imprévu, c’est le désir d’ Allassane Ouattara d’être président de la Côte d’Ivoire. Désir légitime ou non d’un point de vue juridique ? Nous ne saurions le dire puisque nous ne disposons pas d’arguments pour le confirmer ou pour l’infirmer. Mais ce qu’il convient de noter est que Ouattara a été premier ministre, en charge de l’exécutif durant la terrible maladie de Houphouët, et que le ciel n’est pas tombé sur nos têtes. Et selon certains économistes importants, il a été crédité d’une bonne gestion. [3] Même si cela n’a pas été sans erreurs, ce n’est pourtant pas le propre de Ouattara ; car les erreurs sont inhérentes à toute gestion. Seulement il faut avoir le courage de les reconnaître et de les assumer. C’est la marque fondamentale de la grandeur.
En présentant cette situation, nous ne voulons nullement faire l’apologie ou l’éloge de Ouattara, ni l’accuser de tous les péchés d’Israël ou plus exactement de tous les péchés de la Côte d’Ivoire, mais nous situer au niveau du concept en contemplant la splendeur du simple dans la contingence. De contingence il n’y a que pour l’œil non habitué au regard essentiel ; car la contingence n’est pas radicalement contingente. Reflet de ce qui se contient en soi, elle le donne à voir et à se l’approprier pour être proprement nous-mêmes dans un élan constant de consistance de soi. Il s’agit alors pour nous de correspondre au concept dans un libre rapport à la contingence, si tant est que celle-ci n’est que simple expression de ce qui est. De cette manière nous participons au sacrifice de l’esprit qui a pour finalité le concept comme figure essentielle de son dire. « Ce sacrifice est l’extériorisation dans laquelle l’esprit présente son acte de parvenir à l’esprit dans la forme de l’événement contingent libre, intuitionnant son soi pur comme le temps en dehors de lui, et pareillement son être comme espace. » [4] Et c’est dans le concept que se dit la vérité pour autant qu’en lui ce qui se tient en retrait dans le soi pur se donne à voir sous la représentation parce que « l’esprit qui a son contenu complet et vrai donne en même temps la forme du soi, et par là réalise son concept aussi bien qu’il demeure dans son concept dans cette réalisation est le savoir absolu ; il est l’esprit se sachant en figure, ou le savoir se conceptualisant. » [5] Ce qui suppose la conscience du négatif de soi, car si l’esprit s’extériorise c’est parce qu’il a conscience du négatif comme médiation absolue dans la manifestation de sa propre vérité. De vérité vraie, il n’y a qu’à l’issue de la médiation du négatif de soi : « Quant à l’autre côté de son devenir, l’histoire, il est le devenir sachant se médiatisant; l’esprit s’extériorise dans le temps ; mais cette extériorisation est aussi bien extériorisation d’elle-même, le négatif est le négatif de soi-même. » [6] De la part de l’homme, il y a nécessairement le devoir d’une culture permanente de dépassement radical et intégral pour se situer au lieu propre de sa dignité, en regardant et en accueillant essentiellement l’histoire en son avènement et en ses événements.
Le cas Allassane Ouattara est à la fois un avènement et un événement. Avènement en tant que surgissement d’un règne dont l’importante mesure est la mise à mal de trois exécutifs. Le chiffre trois, sans tomber dans le mysticisme des chiffres, n’en demeure pas moins assez révélateur d’une vérité qui se pose, qui se nie pour se reconquérir fondamentalement. Alors le désir de Ouattara d’être président de la Côte d’Ivoire, au-delà des normes textuelles, n’est pas la prétention, mais la manifestation de l’Imprévu comme visage splendide de la Nécessité, en laquelle doit se saisir d’une manière plénière le sens du concept de la République. Peut-être qu’aucun ivoirien n’a eu à s’interroger sur le sens essentiel du concept de République qu’ont nos autorités depuis 1993 ? Le concept de la république comme concept essentiel fait signe, et en tant que tel exige une intériorisation permanente pour l’exprimer sérieusement de façon ontique : « Le but, le savoir absolu ou l’esprit se sachant comme esprit a pour chemin sien l’intériorisation des esprits, tels qu’ils sont en eux-mêmes et accomplissent l’organisation de leur royaume. » [7] Alors le concept de République coïncide t-il avec le puritanisme des origines ? Cette question ne peut être posée que dans un habiter radical, en orientant sa possible réponse dans l’éclairage de l’universel.
II - LE REFUS DE L’UNIVERSEL
L’inconsistance de soi résulte du refus de l’universel dans l’expression de sa figure essentielle : le concept. En celui-ci se trouve unifié le divers comme le souligne bien Kant : « Sous le concept l’unité devient donc nécessaire dans la synthèse du divers. » [8] Ainsi par le concept ce qui est fondamentalement abstrait devient vivant et fonctionnel. Vivant et fonctionnel pour autant que ce qui apparaissait hors de nous nous rejoint d’une façon substantielle en nous ouvrant et en ouvrant les choses dans une interaction dynamique où l’horizon du sens s’éclaircit davantage. L’unité sous le concept n’est donc pas un recollage du divers où se tout se perd dans l’anonymat effroyable. En cela nous sommes moins dans ce qui s’offre à nous que dans ce qui se tient en retrait-donateur. Notre rapport vrai aux choses ne se laisse, pour ainsi dire, déterminer que quand nous savons mesurer notre présence dans l’anhistorique. Présence du sens où l’homme réalise dans les profondeurs abyssales de son être l’exigence ontologique qui est la sienne, et sans laquelle, naturellement, son rapport à lui-même et aux choses ne peut être expression d’une existence authentique. Celle-ci se tient dans le langage, ou du moins le langage demeure son expression même. En ce sens la pensée heideggerienne qui fait du langage l’abri de l’être reste incontournable. «Le langage est la maison de l’être. C’est pourquoi il importe de penser l’essence du langage dans la correspondance à l’être et en tant que cette correspondance, c’est-à-dire en tant qu’abri de l’essence de l’homme. » [9] Le langage n’est donc pas une simple expression ; il dit tout le sens de l’être de l’homme en tant que « berger de l’être ». [10] Berger de l’être, par le langage l’homme doit porter la lumière originelle des choses dans le concept où devient effective leur unité vivante. Dans cette perspective le concept n’est plus une simple désignation des choses mais le lieu de la plénitude de sens et de vie, parce que manifestant l’intelligible lumière de l’universel. Cela bien compris doit conduire l’homme à une relation mystique au concept où son énonciation doit nous renvoyer à une résonance vivante ébranlant toutes les facultés de l’esprit.
En vérité, le drame de la Côte d’Ivoire, au-delà de tous les arguments que les autres peuvent avancer, et dont la validité reste à prouver, tient en ceci : la signification confuse des concepts, et précisément du concept de la République. Il nous apparaît être tout aussi fondamental que celui de l’Etat, ou plus exactement les deux sont cofondamentaux parce que tous deux font signe vers le lieu de leur commune lumière. L’un bien compris éclaire l’autre. Ce que le dit le concept de la république n’est pas essentiellement entendu comme l’exige tout concept essentiel. Escamoté pour des raisons particulières, et sans doute insoutenables, le concept de la république a perdu sa signification lumineuse au point que l’artiste ivoirien Alpha Blondy parle de république bananière. La Côte d’Ivoire est devenue une république quelconque sans éclat. Comment cela pouvait-il ne pas être si le concept de la république n’est pas habité par ceux qui ont eu ou qui ont la responsabilité de l’Etat de Côte d’Ivoire depuis 1993 ?
Habiter le concept de la république ne se construit pas dans une recherche obstinée du puritanisme des origines, mais par le laisser-être du concept dans son auto-déploiement historial. Ce qui suppose a priori que nous devons l’entendre dans son essence même comme déploiement de l’universel. La République, la chose pour tous, appartient à chacun et à personne. Dans cet impersonnel particularisé, elle fait éclater les représentations immédiates et limitées pour laisser être le possible comme ce qui se tient et se maintient dans l’universel. Alors elle déborde les limites territoriales et géographiques pour n’avoir que celles de l’exigence du possible où se tisse l’harmonie intégrale des interactions subjectives. La République ne peut être qu’ouverture, et vouloir faire d’elle quelque chose de clos, c’est absolument créer les conditions de l’autodestruction de l’homme sous la puissance de son énergie libératrice, elle ne pourra que propulser dangereusement ceux qui veulent aller à contre-courant. C’est pourquoi l’Etat demeure cofondamental avec la République parce qu’il s’agit véritablement pour l’Etat de maintenir et de sauvegarder l’universel, vers lequel fait signe la République, comme visage commun, au-delà des contingences culturelles et historiques. L’Etat pour donner de la consistance historique à la République ne doit viser que l’impersonnel humanisant de l’universel.
Pour cela, l’Etat doit être incarné par des hommes capables de faire une lecture appropriée et explicite de l’universel à travers des actes où le visage commun se donne à voir clairement. En tant que tels, comme de grands hommes, ils accomplissent l’histoire universelle. Comme l’écrit Hegel : « Les grands hommes de l’histoire sont ceux dont les fins particulières renferment le facteur substantiel qui est la volonté du génie de l’universel. » [11] Il ajoute : « Ce sont de grands hommes parce qu’ils ont voulu et accompli une grande chose non imaginaire et présumée, mais juste et nécessaire. » [12] Le juste est juste, et le nécessaire est nécessaire. Ils se transcendent pour s’appartenir en tant qu’expressions de l’intime vérité des choses, rendue éclatante et dynamique par l’œuvre des grands hommes. La grandeur d’un homme historique ou d’un homme d’Etat se mesure par cet accord au juste et au nécessaire, pour autant qu’en constituant la jonction de l’anhistorique et de l’historique il communique l’ouverture à ce qui a tendance à se fermer, pour l’ouvrir à lui-même dans un ensemble d’ouvertures communicantes.
Dans ce sens nul ne peut contester la grandeur de Houphouët dont l’œuvre d’homme d’Etat a été essentiellement ouverture à soi dans l’ouverture aux autres comme exigence de sa fonction, à savoir la correspondance à l’universel pour donner au concept de république toute sa dynamique historique. Certains ‘maîtres d’écoles’ ivoiriens ont tenté vainement de nier cette grandeur en relevant, avec insistance et suffisance, les erreurs de sa gestion, et ont même affirmé que s’il n’a rien écrit, c’est par ignorance et par incapacité qu’il ne l’a pas fait. Contre ceux-là il faut s’indigner avec Hegel lorsqu’il écrit : « Quel maître d’école n’a pas démontré d’Alexandre le Grand, de Jules César, que ces hommes ont été animés par de telles passions et par suite ont été immoraux, d’où il suit que lui le maître d’école vaut mieux que ces gens , car il n’a pas ces passions et donne comme preuves qu’il n’a pas conquis l’Asie ni vaincu Darius et Porus, mais qu’il vit certes bien et laisse vivre aussi. » [13] Et ces maîtres d’école ivoiriens doivent comprendre essentiellement les choses selon le proverbe bien connu : « Il n’y a de héros pour son valet de chambre,(…) non parce que l’homme n’est pas un héros mais parce que l’autre est son valet de chambre. » [14] L’éclat de l’œuvre de Houphouët ne saurait être terni par les erreurs liées à la limite humaine. Elle est si éclatante qu’elle subsiste par ce qui la rend juste et nécessaire, c’est-à-dire le sens de la République comme sens de l’universel. Son option pour l’essentiel, comme ouverture à soi dans l’ouverture aux autres, fut déterminante dans la construction de la jeune République de Côte d’Ivoire. Alors il aurait fallu comprendre d’une manière substantielle le sens de la République en intégrant la dynamique optionnelle de Houphouët pour que cela ne soit pas perçu comme un imprévu, puisque rendant compte de l’auto déploiement de l’universel comme nécessaire. Il faut éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain, sinon il ne s’agira plus de le relaver immédiatement, mais sans doute de le soigner d’abord, avec le risque de ne plus le retrouver en son état initial au meilleur des cas, puisqu’il serait blessé, si on imagine la violence avec laquelle les femmes le font.
Pourquoi alors quelqu’un qui serait intellectuellement, scientifiquement, économiquement, socialement et culturellement déterminant pour la vie et le progrès d’un pays ne pourrait-il être éligible à un poste, fût-il la magistrature suprême, s’il se reconnaît fils du pays indépendamment de ses origines historiques ? Il n’y a là aucun drame ! Croire et défendre le contraire est autant injuste qu’absurde. Injuste parce que l’apport substantiel d’un tel homme est par là nié, avec comme conséquence l’impossibilité d’élargir de façon utile son action pour le bonheur de la population. Absurde ! Car comment écarter des valeurs sures et fondamentales au profit de personnes de peu de valeur constituant sans doute de véritables obstacles, avec le risque certain d’une régression totale et épouvantable du pays, parce que l’on est simplement motivé par un puritanisme des origines ? Cela ne peut être envisageable, ou du moins seulement quand on se tient dans le primitif. Primitif signifie non ouvert à ce qui ouvre. C’est ce que souligne admirablement Heidegger : « Le primitif reste toujours dépourvu d’avenir parce qu’il n’a pas l’avance donatrice et fondatrice du saut originel. Il est incapable de libérer quelque chose parce qu’il ne détient rien d’autre que ce en quoi il est lui-même détenu. » [15]
Le saut originel qui donne et fonde rigoureusement toute action historiale est l’accueil de ce qui ouvre en libérant l’homme de l’absolutisation des particularités. C’est l’ouvert de l’universel en tant que visage commun où resplendissent les particularités dans un élan permanent de collaboration humaine. Et cela reste la marque de l’œuvre intégrale de Houphouët. Dans un rapport quasi mystique à cette marque, Houphouët répétait avec beaucoup de bonheur cette parole de Saint de Jean : « Dieu est Amour. » (1Jn1, 8) Il a saisi l’œuvre politique dans une spiritualité essentielle comme sacerdoce universel au service de l’homme et de tout homme, figure manifeste du sens, de l’universel, de l’intelligibilité constructive. Vouloir s’opposer à l’œuvre de Houphouët, c’est, de façon insensée, s’opposer à l’ordre de la Nécessité. Y persévérer avec la certitude de renverser les choses fondamentalement, c’est immanquablement créer les conditions de l’autodestruction nationale. Et c’est ce qui est arrivé depuis lors. Et c’est dommage que les membres de son propre parti ne l’aient pas compris ainsi. Bien plus dommage pour la Côte d’Ivoire quand les tenants actuels du pouvoir croyaient que le moment était venu de refonder la Côte d’Ivoire. Une idée insultante et ingrate à l’égard de la grande oeuvre politique humanisante de Houphouët. Refonder suppose remise en cause radicale pour un fondement essentiel, comme si antérieurement on s’était indignement trompé. Au plus fort de la crise, le président ghanéen John KUFOR s’adressait aux acteurs politiques ivoiriens en ces termes : « Si vous ne pouvez rien ajouter à ce qu’a fait Houphouët, ne le détruisez pas. » Dans le fond cela prouve que depuis 1993 nous ne savons plus essentiellement entendre ce veut dire la politique.
III - L’HUMANISME POLITIQUE
Par ce titre il faut entendre ceci : la politique est un humanisme en tant qu’elle est l’expression d’une éthique intégrale et substantielle de l’exister humain. Cela ne veut pas dire que les différentes théories politiques à partir desquelles les Etats sont gouvernés dans le monde se résumeraient à cette signification pour en faire leur cheval de bataille. Sans doute pas ! Sinon les forts n’écraseraient pas les faibles ; et ceux-ci ne se livreraient pas pour des raisons puériles à des autodestructions. Les relations internationales se porteraient mieux parce qu’allant toujours dans le sens de l’unité substantielle de la famille humaine mondiale, en dépit de multiples différences entre les peuples liées à la race, à la culture, au poids économique et surtout à l’accomplissement fondamental de l’histoire. On parlerait avec bonheur de paix, d’entente cordiale plus que de guerres, de terrorisme, de crises financières, de pauvretés effroyables parce qu’on aurait compris que la politique est consubstantielle à une éthique humaine intégrante.
Ethique en son sens premier, c’est-à-dire grec (ethos), veut dire séjour de l’homme. Il s’agit du séjour de l’homme sur la terre. En tant que telle l’éthique « contient et garde la venue de ce à quoi l’homme appartient dans son essence. » [16] Or qu’est-ce que précisément la politique ? La politique est la gestion collective de ce séjour de l’homme sur la terre. Ce qui veut dire qu’elle ne peut être éclatante en rendant ce séjour agréable qu’en se maintenant dans cette essence de l’homme. Celle-ci ne peut être en aucun cas dévalorisante et déstructurante pour l’homme puisqu’il s’agit d’essence. Et l’essence est toujours valorisante et constructive en sauvegardant l’étincelle originelle qui rend toujours conforme la chose elle-même dans son constant devenir. L’essence humaine ne peut, en toute logique, rendre l’homme inhumain mais plutôt davantage humain. Dans cette perspective, on ne peut comprendre que difficilement que la politique soit autre chose que cela, à savoir rendre l’homme humain et non inhumain. Intrinsèquement la politique est en soi éthique en tant que lieu de sauvegarde de l’homme en son humanité intégrale et élevante. Si l’homme est en séjour sur terre c’est pour vivre et exister en fonction d’une échelle de valeurs qui donne à son essence tout son sens. Quelle que soit cette échelle, elle doit toujours tendre à ce que brille constamment cette essence en faisant de l’homme l’être du sens. La politique et l’éthique sont en vérité consubstantielles, c’est-à-dire que toute politique, si tant qu’elle en est une, doit avoir pour objectif, à la fois essentiel et fondamental, la sauvegarde de l’humanité de l’homme quel qu’il soit.
Cette vérité si simple, mais profonde et dynamique, explique aussi essentiellement le drame ivoirien. Pour avoir manqué de hauteur en ne l’y habitant pas, nous sommes tombés très bas parce que la guerre d’autodestruction résulte de la perte sérieuse d’une lisibilité authentique de l’homme et de ses exigences existentielles. Contrairement à la guerre de conquête qui est en soi l’expression d’une puissance, la guerre d’autodestruction, loin d’être valorisante, est proprement régressive parce que résultant d’un habiter dans l’immédiat sans le saisir comme médiation. L’immédiat ne peut se soutenir parce que portant irrésistiblement en soi l’autre comme donateur. Dans l’immédiat je ne m’appartiens pas car c’est en vérité de cette manière que je suis réellement ce je suis. Alors le Pr. DIBI peut s’interroger : « Quelque chose dans notre pays ne se trouve-t-il pas cassé, comme on le dit d’une montre dont le ressort ne fonctionne plus pour marquer l’heure ? » [17] Il note à la suite : « Les figures de cette cassure peuvent se lire sous les traits de la suspicion, de la méfiance à l’égard du prochain le plus immédiat, de l’exil de l’autre dans l’indifférence et du regard obscur porté sur la personne venue d’ailleurs. Elles voient leur accomplissement ultime dans l’irruption d’un patriotisme instinctif, non éclairé, fait de bouillie du cœur , oubliant que la république, en son concept, est médiation conduisant l’individu à se tenir dans l’ouvert, en apprenant simplement à devenir AMI DE L’HOMME quel qu’il soit. » [18] Et de s’interroger encore : « En réalité, la manière de regarder l’autre que nous considérons comme bouchant notre horizon n’est-elle pas liée à la manière dont nous nous regardons nous-mêmes ? Ne procède-t-elle pas d’une perversion intérieure, consistant à vouloir occuper seul l’horizon, à tout ramasser pour ramener fiévreusement à nous toute la sphère de l’étant ? » [19]
Le scandale des déchets toxiques qu’analyse ici le Pr. DIBI est l’expression manifeste que la tête n’est plus tête en Côte d’Ivoire depuis 1993. Alors « lorsque la tête n’est plus tête que de nom parce qu’elle est devenue un nid désordonné d’obscurs instincts, lorsqu’elle cherche à tâtons la porte de sa propre maison, comment peut-elle conduire d’autres personnes à bon port ? » [20] Absolument pas ! On comprend, dès lors, difficilement la réaction instinctive, injurieuse et irrespectueuse que souleva le Président WADE en déclarant que « ce que subit un burkinabé en Côte d’Ivoire un noir ne le subit pas en France. » Le martyre des personnes venues d’ailleurs est une réalité si bien que pendant les chaudes années précédentes un burkinabé, membre important de sa communauté à San-Pédro, au Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire, interviewé par la télévision ivoirienne s’interrogeait : «En quoi être burkinabé est-il un délit ? »
Face à l’arbitraire, à l’absolutisation des particularités, conséquences dangereuses des vues obscures qui n’honorent pas un peuple soucieux d’humanité, doit s’imposer « irréductible, indépassable et incontournable l’éthique du juste, assurant la sauvegarde des valeurs essentielles, en se tenant debout sur les tours de la conscience humaine, sur les promontoires du monde afin de ralentir la dégradation du milieu humain » [21] et de l’humain.
Il y a alors urgence à entendre intrinsèquement le sens du concept de politique en Côte d’Ivoire. S’il s’agit bien de l’homme et pour l’homme, il va sans dire qu’au-delà d’une définition livresque ou systématique de la politique, ce qui importe absolument, c’est l’expérience de l’homme afin que s’offre à nous la lumière irradiante, c’est-à-dire l’universel par lequel demeure tout projet de l’homme et pour l’homme. La politique est l’éducation à l’échelle nationale, étatique et républicaine du citoyen. Faire en sorte qu’individuellement comme collectivement l’homme devienne chaque jour homme en habitant la maison commune où le « je » et le « tu » sont en permanence en dialogue constructif malgré les différences. C’est pourquoi est à craindre, aujourd’hui, la réduction à l’économique de l’exigence politique. On croit aujourd’hui qu’une politique est bonne quand les performances économiques sont meilleures. Ce qui n’est certes pas mauvais puisque l’homme a besoin de pain, mais le danger est que cela n’installe pas les choses dans la durée, pour la simple raison qu’une telle politique s’enracine seulement dans le calculable. Cela est à craindre pour la Côte d’Ivoire comme pour l’Afrique, faute d’une tradition d’humanité, en termes de représentation systématique et substantielle de l’homme et de ses exigences, le seulement économique ne peut qu’accroître la confusion de sens en nous installant dans un immobilisme régressif historial. On ne peut se prévaloir d’importants diplômes pour se croire apte à conduire une politique fondamentalement humaniste parce qu’une tête pleine ne produit pas nécessairement des vues justes, conformes à la Nécessité. Celle-ci, si exigeante, invite à un accueil vivant des concepts. Les concepts ne sont pas des représentations creuses pour servir des projets mesquins, mais des lieux pour une vie essentielle et dynamique où doit s’opérer l’humanité de l’homme. Parce qu’un concept, bien que toujours produit par l’homme, rend toujours compte de la Nécessité, sans quoi il ne peut en être un. Le concept du mal bien représenté nous conduira à l’éviter. Ainsi, que le concept soit négatif ou positif, il humanise l’homme. Comme idée essentielle, en lui se trouve l’unité substantielle d’un divers.
Pour employer le mot de Hanna Arendt toute crise offre l’occasion de réfléchir sans doute pour aller de l’avant, alors ce que nous devons apprendre aujourd’hui en Côte d’Ivoire, c’est à entendre essentiellement la politique en sa signification fondamentale, c’est-à-dire éthique de l’humanité .De cette manière pourra encore briller l’héritage humain de Houphouët-Boigny pour déborder, une fois encore, la Côte d’Ivoire.
CONCLUSION
La crise a révélé en Côte d’Ivoire la faillite des concepts de l’homme, de la république, de l’Etat et de la politique. Leur signification fondamentale, en tant que concept où se dit l’unité substantielle d’un divers, n’est pas entendue en son exigence vivante depuis 1993. Et pourtant Houphouët-Boigny aimait répéter cette idée comme sauvegarde de ces concepts : « Le vrai bonheur, on ne l’apprécie que lorsqu’on l’a perdu », non sans le complément suivant : faisons en sorte de ne pas le perdre. Faut-il croire que Houphouët pensait à lui-même ? Certainement pas, puisqu’il n’avait pas la prétention de se croire immortel, mais plutôt à son option essentielle pour l’essentiel qui est ouverture à l’autre en tant qu’ouverture à soi-même dans l’ouvert des choses. Ce qui se passe en Côte d’Ivoire interpelle, et rend davantage problématique l’effectivité et la fiabilité de la construction de l’Union Africaine si les Etats qui la composent sont incapables d’habiter l’ouvert de la durée, en tant que ce qui « assure la consistance du devenant dans la durée de son devenir » [22] .
BIBLIOGRAPHIE
- DIBI Augustin, L’enflure de nos déchets intérieur venue à l’extérieur,in La Nouvelle, n 091, du 05 Octobre 2006.
- HEGEL, Leçons sur la philosophie de l’histoire, Paris, Librairie Philosophique J Vrin, 1987.
- ---------, Phénoménologie de l’esprit, trad. Pierre Jean Labarrière, Paris, Gallimard, 1993.
- HEIDEGGER, Chemins qui ne mènent nulle part, trad. Wolfgang Brokmeir, Paris, Gallimard, 1962.
- -----------------, Lettre sur l’humanisme in Questions III, trad. Roger Munier, Paris, Gallimard, 1966.
- -----------------, Nietzsche II, trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.
- KANT, Critique de la raison pure, trad. J L Delmarre et François Marty, Paris, Gallimard, 1980.
- Voilquin Jean, Les penseurs Grecs avant Socrate, de Thalès de Milet à Prodicos, Paris, GF, 1964.
NOTE EXPLICATIVE
S’il y a un concept à partir duquel est conçu tout le développement du texte, c’est le concept d’imprévu, si bien qu’il nous apparaît opportun de tenter une clarification pour préciser l’idée fondamentale du texte.
Ainsi la raison essentielle qui explique la crise ivoirienne se résume en ce seul mot : imprévu. L’imprévu ici, en tant que ce qui ne situe pas dans l’ordre logique et naturel des choses est la candidature d’Allassane OUATTARA. En clair pour les puristes, cette candidature n’est pas naturelle c’est-à-dire ne se justifie pas comme ayant un droit naturel , contre-nature qu’il faut donc l’éliminer. Alors la question qu’il convient nécessairement de se poser est de savoir si de telles attitudes sont recevables pour un pays qui veut devenir un Etat et une République authentique, quand on sait les responsabilités qui furent celles de OUATTARA ? Certainement pas, pour autant que les concepts de République et d’Etat, en leur vérité substantielle, débordent l’immédiateté naturelle en faisant signe vers la lumière irradiante de l’universel comme ouverture aux autres. Et c’est ce qui a caractérisé l’œuvre politique de HOUPHOUET dont ses successeurs auraient pu faire une lecture essentielle en la comprenant comme déploiement de la Nécessité ou de l’Universel, et ainsi éviter à la Côte d’Ivoire ce drame inutile qu’elle a connu et dont on ne peut véritablement dire qu’elle est définitivement sortie.
© Jean-Gobert TANOH
Maître de Conférences
Département de Philosophie
Université de Bouaké- Côte d’Ivoire
www.contrepointphilosophique.ch
Rubrique Philosphie
3 août 2010
[1] Voilquin Jean, Les penseurs Grecs avant Socrate, De Thalès de Milet à Prodicos, Paris, GF, 1964. Héraclite, fr. 40.
[2] Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire, Paris, Librairie Philosophique, J Vrin, 1987, p.72.
[3] Ce que nous ne pouvons confirmer, vu qu’en 1993 nous avions 23ans, et nous étions moins préoccupé par les affaires de l’Etat que par la conduite de nos études.
[4] Hegel, Phénoménologie de l’esprit, trad. P J Labarrière, Paris, Gallimard, 1993, p.693.
[5] Ibid,
[6] Ibid,
[7] Id, p.694.
[8] Kant, Critique de la raison pure, trad. J L Delmarre et François Marty, Paris, Gallimard, 1980, p.139.
[9] Heidegger, Lettre sur l’humanisme in Questions III, trad. Roger Munier, Paris, Gallimard, 1966, p.31.
[10] Id, p.88.
[11] Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire, Paris, Librairie Philosophique J. Vrin, 1987, p.35.
[12] Id, p.36.
[13] Ibid,
[14] Ibid,
[15]
Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part, trad. Wolfgang Brokmeir,Paris, Gallimard, 1962, pp.86-87.
[16] Heidegger, Lettre sur l’humanisme in Questions III trad. Roger Munier,Paris, Gallimard,1966, p. 116.
[17] Augustin DIBI, L’enflure de nos déchets intérieurs venue à l’extérieur in La Nouvelle, n 091 du Jeudi 5 octobre 2006, p.2.
[18] Ibid,
[19] Ibid,
[20] Ibid,
[21] Ibid,
[22] Heidegger, Nietzsche II, trad., Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971, p. 12.