De la vérité vivante du concept de développement

 

 

Par Jean-Gobert Tanoh

www.contrepointphilosophique.ch

Rubrique Philosophie

21 février 2010

 

 

 

Avant-propos

 

La présente rencontre témoigne, chers hôtes, de l’attention nécessaire que vous accordez à l’Afrique dont l’image d’une humanité reluisante reste à construire. L’Afrique, riche naturellement, est malheureusement le continent de l’épouvantable misère humaine, où la majorité des personnes  se trouve dans des conditions infrahumaines.

Que le thème central de cette rencontre  porte sur le développement durable est la preuve que, au-delà des perspectives économiques, ce qui vous préoccupe c' est  l’humain comme expression du sens de l’être de l’homme et de sa dignité. Car dans le développement, c’est de cela qu'il s'agit, pour autant qu’à tous les niveaux de ce processus nous retrouvions à chaque fois l’homme. Nous sommes donc, Africains, appelés à nous élever à l’intime vérité de nous-mêmes, pour donner au partenariat Taïwan-Afrique toute sa consistance et sa pertinence.

Une telle exigence présuppose, absolument, une appropriation de la vérité de l’homme, sans laquelle la coopération avec Taiwan ne  peut être durable. Ainsi, pour l'avenir de celle-ci, l’intervention suivante tente de poser, en arrière-fond, la question préalable et fondamentale à tout développement intégral et durable, à savoir : qui est l’homme ? Question apparemment banale et simple, qui pourtant  n’en demeure pas moins la question de toutes les questions véritables, en dehors de laquelle l’homme ne peut donner du sens authentique aux choses. C’est dans la mesure où l’homme représente clairement son être qu’il peut résolument et dignement habiter la terre.

Question importante  que nous avons déjà soulignée dans une allocution à l’Université de BOUAKE, devant sa haute administration et ses enseignants chercheurs, en 2004 .

 

 

 

Introduction

 

Depuis des décennies, et plus précisément, depuis les indépendances, la question du développement est apparue comme un réel défi pour les pays africains, à partir duquel doit être jugée la validité des indépendances aussi bien par les Africains eux-mêmes que par les autres. Autrement dit, plus le développement est perceptible, mieux s’objectivent le sens et la valeur des indépendances tant désirées, à travers les multiples formes de lutte contre le colonisateur.

Mais à l’expérience, après 50 ans environ (pour la plupart des pays africains indépendants), le bilan de l’auto - disposition est, sans doute, négatif, et même à la limite déprimant, poussant certains Africains à l' afro-pessimisme : de l’Afrique, continent  des pires misères humaines, peut-il venir quelque chose de bon ?

On comprend, dès lors, que l’indépendance, quoique déterminante, n’en constitue pas pour autant la seule exigence  pour le développement durable des pays africains. Celui-ci n’est possible que dans la tension vers l’autre [1] . Bien qu’elle ait été toujours présente après les indépendances, la coopération n’apparaît pas moins dans l’esprit de certains Africains comme une forme subtile de redomination ou de conquête, d’où s’expliquent, en effet, les tensions parfois ouvertes avec les partenaires occidentaux.

Nous mesurons donc l’importance de cette rencontre qui nous permettra d’éclairer ce concept de coopération, pour le situer plus fermement dans son rapport au concept de développement. De ce point de vue, la question essentielle qu’il faut se poser, afin que la coopération demeure le socle d’un authentique développement pour les pays africains, est la suivante : que signifie, d’une manière substantielle, le concept de développement ?

Nul doute que c’est dans la saisie profonde, précise et vivante du sens du concept de développement par les Africains que s’aperçoit la nécessité de la thématique  de notre rencontre : le développement  économique et le développement durable entre Taiwan et ses partenaires d’Afrique.

Aussi convient-il d’articuler notre réflexion autour des axes suivants :

I.                              Du non préalable

II.                         De l’authentique préalable comme exigence fondamentale

III.                     De l’accueil serein de la coopération extérieure : cas Taïwan-partenaire en Afrique.

 

 

 

I/ Du "non" préalable

 

La signification essentielle du concept de développement est toute autre chose qu’une connaissance littérale et même savante du concept, elle est plutôt la saisie  radicale et éclatante de son sens, où l’être de l’homme se trouve entièrement illuminé. Il s’agit précisément d’accéder à l’intime vérité du concept où s’établit une dynamique anhistorique [2] , rendant possible et plausible tout projet de développement  social. Dans cette perspective, il apparaît  important de revoir notre perception de la mesure du développement. Autrement dit, il est important de mettre en évidence le "non" préalable à ce qui, pour nombre de personnes, demeure la mesure même du développement.

Concevoir le développement en termes d’infrastructures adéquates et performantes que se donne un pays est absolument une inversion pervertissante du préalable nécessaire au développement. C'est là le "non" préalable. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est bien de cette façon qu’il faut poser les choses. Le développement n’est pas a priori, en termes d’éléments constitutifs et durables, lié aux investissements colossaux à divers niveaux socio-économico-politiques, mais plutôt  fait signe vers l’essence de l’homme.

L’agent principal du développement est l’homme, qui en est aussi la matière première. Il est au début, pendant et à la fin du processus. Le développement est fait par lui et pour lui. Donner au développement toute sa vérité suppose nécessairement la détermination essentielle de l’homme, dont les critères du développement rendent bien compte. En effet, un pays est dit développé quand les habitants dans leur majorité peuvent se loger, se nourrir, se soigner décemment et s’instruire véritablement et profondément. Ce qui n’est pas, en vérité, le fait d’ infrastructures, mais de l’homme représentant son être en sa vérité substantielle, comme lieu où se dit le sens  véritable des concepts fondamentaux du développement que sont société, justice, éthique, coopération internationale et politique rigoureuse. Car l’existence même de super-infrastructures ne fera pas d’un peuple idiot un peuple intelligent et fréquentable. Son rapport à ces choses étant confus, il ne peut, au contraire, que les détruire et s’auto-détruire. Ne les saisissant pas en leur valeur essentielle aussi bien pour le présent que pour l’avenir, comment parviendrait-il à les préserver en les accroissant pour les générations futures ? N’objectivant pas son ancrage précis en son être, comment peut-il parvenir à l’innovation, indispensable au maintien constant et consistant de ce par quoi s’harmonise l’existence humaine ? Par exemple, la CHINE vient de construire dans mon pays, précisément, à Yamoussoukro, capitale politique, une maison des députés. Quelle valeur aura-t-elle si ceux qui y siègent n’ont pas la ferme représentation de ce à quoi elle renvoie ?  Se raconte, en Afrique, l’histoire suivante : un Monsieur demanda à un passant, dans une capitale, : "s’il vous plaît, où se trouve la justice ?" Et celui-ci de répondre : "la justice, je ne sais pas où elle se trouve, en revanche je peux vous indiquer la maison qui porte son nom".

Certains Africains noirs, pour ironiser sur cet immobilisme existentiel, qui dénote une subtile régression ontologique et ontique de notre être, disent que si, par extraordinaire, on venait à échanger les continents, les Africains noirs en Europe, en Amérique, ou en Asie et les Européens , les Américains ou les Asiatiques en Afrique, au bout de dix ans, les Africains, après avoir détruit ce que les autres auraient  construit en Europe,en Amérique ou en Asie, se mettraient à envier l’Afrique, qui aurait été entre temps développée par les Européens , les Américains ou par les Asiatiques …

Il convient alors aux investisseurs étrangers et aux bailleurs de fonds d’être prudents, et on comprend parfaitement toutes les mesures et les exigences qu' ils imposent aux pays africains noirs dans l’aide au développement. Ainsi sont souvent mis en avant la bonne gouvernance, le respect des droits de l’homme et celui des accords internationaux. Ce qui paraît choquant pour certains Africains qui voient en cela une « gaminisation » de leur existence. Sans africanisme exacerbé, on mesure la justesse de telles précautions et de telles exigences, car à l’expérience, les attentes ont toujours été déçues et la misère croissante des peuples noirs est la preuve incontestable d’une remise en cause de l’autogestion des Africains noirs.

Même si la rigueur dans la gestion des aides au développement  est absolument nécessaire, il apparaît important de souligner que ce n’est malheureusement  pas ce qui va enraciner le développement des pays d’Afrique noire. Ce n’est point dans l’appel constant et menaçant  au respect des principes  de bonne gouvernance et des droits de l’homme qu' on trouvera une possible initiative pour un développement humanisant et durable.  Car, de toute évidence, si l’homme noir reste insensible à la splendeur  infinie de ces principes, comment pourra-t-il  mesurer leur nécessité et leur pertinence ?

Le véritable préalable au développement  est l’élucidation de l’être de l’homme qui, en vérité et sans honte, reste très problématique en Afrique noire. Aussi longtemps qu’il sera imprécis, aussi longtemps serons-nous l’image d’une humanité minable.

 

II/  De l’authentique préalable comme  exigence fondamentale

 

Ce titre met en évidence deux choses, l’authentique préalable et l’exigence fondamentale. Tel que formulé, il montre en quoi consiste précisément l’exigence  fondamentale du développement.  Qu’est ce qui donne à l’exigence fondamentale tout son sens afin de rendre possible le développement, en restituant à ce concept toute sa vérité vivante ?

Ainsi ce qui mérite, en premier lieu, d’être explicité est bien l’authentique préalable. A quoi renvoie-t-il exactement ? A rien de déterminé, sinon à une question essentielle et fondamentale sans laquelle il ne peut y avoir du sens au monde. Cette question est la suivante : qui est l’homme ? En la posant, nous pensons à cette autre : qui est cet être qu’on appelle africain [3]  ? Nul doute que c’est cette seconde question qui aiguillonne la première, si tant est que ce qui nous rassemble ici intègre absolument une nette détermination de cet être en sa vérité essentielle. Or où trouver cette vérité ? N’est-ce pas en posant la question : qui est l’homme ? Cette question première, pas seulement au sens du  rang, mais de sa nécessité fondamentale, se meut dans la perspective d’une représentation ferme, claire et assurée de l’identité essentielle de l’homme, par laquelle  son rapport à soi-même et aux choses acquiert sens et clarté.

Par là, l’authentique préalable comme clarté à soi pour l’homme conduit celui-ci à une appropriation constante de ce qui fait justement qu’il est homme , et  non pas un arbre ou un caillou. Cela, c’est son habiter dynamique de l’histoire, résultant de sa vérité essentielle comme être en relation avec l’anhistorique, c’est-à-dire le substantiel au cœur du changement. En clair, il s’agit pour l’homme de s’élever à l’universalité des choses pour autant qu’en lui subsiste l’exigence de sa sauvegarde.

Comprendre ce que sont les choses, en leur vérité fondamentale, est ce pourquoi il y a l’homme. L’homme n’est qu’en vue du sens des choses, c’est pourquoi il est le seul être à avoir l’histoire comme dimension déterminante de son être.

 Dans ce sens, le rapport de l’homme aux choses est moins superficiel et confus qu’élevant et humanisant. Et c’est bien par le concept que s’opèrent cette élévation et cette humanisation, parce que d’une façon intrinsèque le concept n’a de sens que lorsqu’il est en soi l’expression vivante de ce qu’il désigne.

L’authentique préalable ouvre l’homme, pour ainsi dire, parce qu’habite en lui le substantiel, à la vérité vivante du concept de développement. Ce qu’est le développement fait éclater le « je » en sa particularité égoïste pour le situer dans l’Universel comme Libre étendue [4] , où l’on  se soustrait aux vues bornées; il conduit à  s’appartenir pleinement, en tant qu’être essentiellement identique aux autres, en dépit de particularités raciales, culturelles et sociales. Ainsi dans ce mouvement d’être soi-même, j’habite résolument le « tu » qui me rend responsable aussi bien de moi que de lui.

Développer, c’est en vérité, sortir des vues réductrices  pour se situer dans des vues larges où  apparaît  seulement ce qui valorise, ce qui brille de tout son éclat.

L’homme africain, pour autant qu’il est homme, ne peut se soustraire à cette détermination essentielle. Parce qu’il est homme, il est invité constamment à habiter sa fine pointe pour laisser apparaître la clarté en retrait des choses. La conscience aiguë de cette invitation constitue, sans aucun doute, le terreau d’enracinement véritable d’un développement intégral et durable des peuples d’Afrique noire.

En saisissant la vérité vivante du concept de développement, l’Africain noir s’élèvera  résolument aux exigences des concepts fondamentaux du développement  que nous avons déjà cités, et qui sont : la société, la justice, l’éthique, la coopération internationale.

Ce qu’est la société n’a rien de sociétal, ce qu’est la justice n’a rien d’une simple application de lois, ce qu’est la coopération internationale n’a rien d’un simple accord international. Ce qu’est, en somme, un concept précis du développement n’a rien d’un simple être là, car au-delà du là expérimental du concept, c’est l’assomption de l’homme dans le concept, comme lieu de l’éternelle jeunesse de la chose, qui rend possible la consistance de celle-ci dans la durée de son devenir.

Ainsi, même dans la diversité changeante, parfois étourdissante, des choses, nous restons toujours nous-mêmes. Comprenant notre attachement à ce qui ne périt pas, nous apparaissons comme des signes toujours vivants de ce sans quoi rien ne peut être. Et c’est  en cela que notre rapport au concept comme synthèse du divers [5] , devient vivant en donnant à notre existence tout l’éclat de sa vérité. Or celle-ci intègre incontestablement le développement de l’homme et de la société.

Penser la vérité vivante du concept de développement, c’est penser l’identité essentielle de l’homme, pour autant que le socle de toute forme de développement est d’abord l’homme. L’appropriation de celle-ci, comme exigence fondamentale, conduit, pour ainsi dire, à l’accueil serein de la coopération extérieure à laquelle participe la coopération taïwanaise.

 

 

III/   De l’accueil serein de la coopération extérieure :

       Cas Taiwan-partenaires d’Afrique

 

Le présupposé majeur et subtil qui, en principe, meut la coopération extérieure est l’atteinte de l’humain, c’est-à-dire, la promotion et la préservation des valeurs humaines qui rendent harmonieuse l’existence tant individuelle que collective. Aider l’autre à s’épanouir; telle est sans doute l’idée essentielle qui donne au concept de coopération toute sa clarté et sa pertinence. Au-delà du fort enjeu économique qui, du reste, est très normal, parce que nécessaire pour maintenir les avoirs et au besoin les accroître, pour rendre durable et consistante la coopération, ce qui, indiscutablement, traverse de bout en bout le processus de la coopération est absolument l’humain. Car il s’agit, en vérité, de l’homme et seulement de l’homme.

Dans le seulement de l’homme, c’est bien l’humain en tant qu’identité universelle de l’homme qui s’exprime en ses valeurs fondamentales, de telle manière que mues par cela, les parties coopérantes s’élèvent dans la sérénité aux exigences irréductibles des principes déterminants de leur coopération.

Parce qu’ayant transcendé les particularités culturelles et raciales dans la sérénité, c’est-à-dire dans l’égalité d’âme devant toute  chose, et se tenant dans le libre mouvement de l’universel, où tout égoïsme est écarté, les peuples africains pour qui le développement continue à être une énigme, sauront apprécier avec rigueur l’absolu humain [6] comme le sens même du concept de  coopération et mesurer l’urgence de sa réalisation effective au quotidien pour leur bonheur. Car tant que l’absolu humain, perçu par le fait que l’homme est à la fois la première matière et l’agent principal de développement, n’est pas compris fermement, l’accomplissement d’une humanité authentique restera problématique, et rendra par conséquent confuse l’aide au développement des partenaires étrangers comme Taïwan.

Sans être excessif et pessimiste, les différentes articulations sectorielles auxquelles fait allusion cette rencontre, à savoir : expérience économique, société de l’information, aide médicale et humanitaire, agriculture, protection de l’environnement, soutien international, deviendront substantiellement vides et n'atteindront pas leurs buts si l’absolu humain reste sans clarté. Il doit donc devenir souci [7] , au sens où l’entend Heidegger, c’est-à-dire, ce qui est devenu certitude en vue de sa sauvegarde. D’où les propositions que nous formulons à la suite de cette conférence, pour un développement durable de la coopération entre Taïwan et les partenaires d’Afrique.

Ø   Ne pas s’appuyer sur les politiques, en dehors des accords d’agrément, mais sur les élites universitaires africaines, non politisées, absolument mues par la science et la réflexion, et soutenues dans leurs rapports à celles-ci par une éthique rigoureuse qui les maintient dans l’universel comme le lieu propre de leur existence.

Ø Etablir par conséquent des coopérations avec des instituts de recherches universitaires, bien crédibles, dont les résultats ou les apports à la science et à la réflexion  critique sur le devenir intégral de l’Afrique sont incontestables.

Ø Créer, si possible, des représentations de la coopération taïwanaise chez les partenaires d’Afrique toujours en collaboration avec les universitaires crédibles, pour d’une part étudier les possibilités d’investissements mais aussi et surtout pour, d’autre part, garantir la rigueur dans l’exécution de leur procédures et de leurs résultats.

Ø Qu’à la suite donc de cette conférence internationale,s'organisent des séjours de formation en Taïwan pour les universitaires indiqués , pour qu’ils soient non seulement des collaborateurs efficaces, mais aussi des relais importants des idées essentielles, en vue du développement durable des relations plurisectorielles, abordées ici, entre Taïwan et les partenaires d’Afrique. Séjours dont la périodicité  et la durée, convenables à leurs emplois du temps, doivent être appréciées selon vos exigences et vos possibilités financières.

 

 

Conclusion

 

Le développement intégral et durable résulte, avant tout, de la saisie précise et vivante du concept de développement. Ce qui apparaît alors essentiel, c’est l’habiter de l’homme en sa vérité substantielle, à partir de laquelle il entretient un rapport libre et serein avec les choses. Or une telle réalité n’apparaît pas encore clairement en Afrique où l’on constate le développement épouvantable des misères humaines. A titre d’exemples : la pandémie du SIDA, la  corruption galopante, la pauvreté, les rébellions.

A une valorisation des Africains, incarnée par des figures comme Senghor et Césaire, qui parfois nous semble ridicule, parce qu’excessive, doit succéder une réflexion critique et systémique des Africains noirs sur eux-mêmes, en vue d’une appropriation humanisante de l’être de l’homme, sans laquelle de toute évidence, il ne peut y avoir de coopération internationale éclairée et éclairante pour un développement  durable. C’est à cette tâche que nous nous attelons depuis notre engagement à l’université, et à laquelle font écho certains de nos textes parus dans les Revues scientifiques internationales.

 


 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

OUVRAGES

-                                   DIBI, (Augustin), L’Afrique et son autre, la différence libérée, Abidjan, Strateca Diffusion, 1994.

-                                   HEIDEGGER, (Martin), Etre et temps, trad : François Vezin,  Paris, Gallimard, 1986.

-                                   HEIDEGGER, (Martin), Questions IV, trad. André Préau, Paris, Gallimard, 1976.

-                                   KANT, (Emmanuel), Critique de la raison pure, trad. J. L. Delmarre et F. Marty,  Paris, Gallimard, 1980.

ARTICLES

-                                   TANOH, (Jean-Gobert),  Concept et humanisme in Contrepoint philosophique, Revue Suisse du 24 Juin 2007.

-----------------------------------------------, Concept vivant et choix : horizon d’une possibilisation de l’être africain in Ethiopique, Revue Sénégalaise n° 76 ? 2006.

-----------------------------------------------, L’être africain (Approche métaphysique de l’identité humaine en Afrique) in Le Portique, Varia 2 du 15 Décembre 2006.

 

 

 

                                                                          Dr Jean-Gobert TANOH

                                                                            Université de BOUAKE

                                                                                    COTE D’IVOIRE

                                                                            tanohgobert@yahoo.fr

 


 

Annexe

 

 

Allocution prononcée lors de la réception des nouveaux promus du CAMES [8] , session 2004, de  l’U.FR. C.M.S ; de l’Université de Bouaké. Jeudi 10 Février 2005

 

Monsieur le président

Monsieur le vice-président

Monsieur le doyen

Messieurs les directeurs de département

Chers collègues

Messieurs et Mesdames, membres du personnel de l’U.F.R [9] .   

C.MS. et l’Université de Bouaké.

Chers invités

Chers étudiants et étudiantes

L’honneur nous revient ce soir de prendre la parole au nom de tous les enseignants-chercheurs promus, à la dernière session du CAMES, tenue au mois de Juillet 2004 à Cotonou, au Bénin, pour dire Merci à la hiérarchie de notre institution à savoir Monsieur le Président, le Professeur CREZOIT et à leur collaboration  immédiat au niveau de l’U.F.R. communication, Milieu et société, le doyen : Professeur Lazare Marcellin POAME, pour l’effort considérable qu’ils ont déployé depuis la constitution des dossiers jusqu’aux résultats.

Merci également au Professeur AKINDES Francis qui a su encadrer les candidats dans la constitution de leurs dossiers.

Merci aux directeurs de département qui, d’une manière  ou d’une autre, ont soutenu leurs collègues candidats.

Merci enfin à tous ceux qui discrètement ont soutenu les différents candidats.

Pour mémoire, il convient de rappeler les résultats de cette session :

Ø Pour la titularisation : Professeur Francis AKINDES

Ø Pour la Maîtrise de conférences : Dr Yapi Ayenon Ignace

Ø Pour le Maîtrise d’assistanat : Dr Kouassi Magloire

  Dr Arsène DJAKO

  Dr Béchir Félix

  Dr Grodji Jean-Baptiste

  Dr Jean-Gobert TANOH

L’ensemble des résultats est éloquent, de par le nombre et de par la représentation des grades. Il traduit d’une part la fidélité à une tradition de succès que l’U.R.F .C.M.S a su tisser au fil des années, et d’autre part il est l’expression d’une constance dans la recherche des enseignants-chercheurs de l’U.F.R.

Pareil résultat, s’il est essentiellement le fruit du travail de chaque enseignant, il n’en demeure pas moins qu’il a été possible en raison des conditions relativement favorables qui existent au niveau de l’U.F.R., parmi lesquelles Monsieur le Président votre disponibilité et celle de votre vice-président n’ont jamais fait défaut.

Vous avez eu toujours le constant souci de la progression de vos enseignants, car qui mieux que vous, peut-il mesurer l’importance et le poids d’une institution universitaire en dehors de la valeur académique de ses membres ?

Seule une Université où se trouvent les membres de grandes valeurs intellectuelles, peut prétendre à l’honneur et au prestige, critères essentiels par lesquels se mesure la substantialité du concept d’université.

Dans cette perspective, l’U.F.R C.M.S [10] en s’inscrivant dans une dynamique de succès depuis quelques années au CAMES, démontre aux yeux de la famille universitaire  africaine, et cela malgré la jeunesse de l’institution à laquelle elle appartient, ses ambitions, qui sont surtout celles d’être une U.F.R profondément enracinée dans la recherche, sans laquelle de toute évidence les pays africains ne peuvent élever à la dignité leurs peuples.

Notre présence, ici, ce soir, est donc essentielle. Elle est essentielle parce que nous sommes rassemblés pour célébrer le savoir et magnifier la recherche. Toutefois, la question fondamentale est la suivante : Quelle est l’identité de nos recherches ? Cette question est, celle que nous devons permanemment nous poser,  pour autant qu’elle nous introduit dans une relation vivante avec le savoir. La tendance à se croire aussi dépositaires du savoir universel nous fait perdre de vue la nécessité d’une présence authentique, au sens exégétique du terme, dans la constitution de ce savoir.

L’U.F.R. communication, Milieu et société à travers les termes de sa dénomination laisse apparaître en arrière-fond une visée principale, celle de la recherche déterminée par les exigences de la vie quotidienne de l’homme ivoirien. Car que veulent dire communication, milieu et société ? Ne sont-ils pas les réalités par lesquelles subsiste toute vie humaine ? Une vie sans communication, sans milieu et sans société est-elle possible ?

C’est ici alors, le lieu  de nous interroger sur l’adéquation intégrale de nos recherches avec la visée principale de notre U.F.R.

La dénomination C.M.S, sans doute atypique, ne laisse pas moins exprimer le désir d’un apport original au savoir universel qui caractérise en partie toute institution universitaire. Le rapport entre l’universel et le particulier constitue l’exigence méthodologique qui donne au savoir universitaire un sens tout autant que de la consistance.

 Dès lors, l’U.F.R C.M.S se doit de garder constamment à l’esprit cette nécessaire articulation entre l’universel et le particulier. Car, si les résultats acquis depuis plus de 10 ans sont réconfortants, il n’en demeure pas moins que notre U.F.R. se distinguera davantage des autres, que dans la mesure où elle saura correspondre d’une manière constante et profonde à son intuition originelle.

La valeur et le rayonnement aussi bine national qu’international d’une université reposent nécessairement sur la vitalité et la pertinence des recherches de ses différentes U.F.R. A cet  effet, la loi de réforme universitaire qui substitue l’appellation U.F.R  à celle de faculté est assez significative.

L’U.F.R C.M.S constitue donc, par l’effectif de ses enseignants un important secteur de recherche pour université de Bouaké, qui bien tenu, pourra par ses résultats donner à notre institution une plus grande visibilité au sein de la famille universitaire africaine.

Monsieur le Président, les défis sont grands et votre présence à la tête de l’université de Bouaké en tant que deuxième président doit être une kaïros, terme théologique qui signifie moment favorable, pour développer les importantes idées de votre prédécesseur et  pour initier de nouvelles. Une telle démarche permettra à l’université d’être présente à la fois aux réalités de notre pays et à celles du monde contemporain.

En effet, une institution universitaire n’est pas une entité quelconque, elle est proprement la face par laquelle un pays apparaît aux autres dans le domaine du savoir. Aussi longtemps qu’elle demeurera médiocre, aussi longtemps le pays sera déconsidéré.

Qu’est-ce qui fait la grandeur et la respectabilité des pays développés ? N’est-ce pas parce qu’ils ont su mesurer et entretenir l’importance fondamentale du savoir dans la réalisation harmonieuse de leurs peuples ?

L’université est une création de l’Eglise. En soulignant cela, nous ne visons nullement au triomphe de celle-ci ; mais plutôt à mettre en évidence que la question des valeurs humaines et sociales est consubstantielle à l’institution universitaire. Le savoir universitaire reste donc déterminant dans la projection historique des peuples.

Monsieur le Président, vous le savez ; mieux que tout le monde que l’université n’est pas une chose banale. Elle exige, pour ainsi dire, une adhésion constante et permanente aux valeurs de rigueur, de la saine émulation, du souci de l’autre et de la bienveillance pour autant qu’elles conditionnent l’épanouissement dans la recherche. Ces valeurs qui vous ont toujours caractérisé, seront davantage utiles pour toute l’institution si elles deviennent pour chaque enseignant-chercheur  un credo. C’est alors seulement que brillera plus la flamme du succès qui illumine notre U.F.R depuis quelques années.

Au demeurant Monsieur le Président, les enseignants-chercheurs promus vous réitèrent leurs remerciements et vous soutiennent dans vos efforts pour donner à l’Université de Bouaké une image respectable, malgré les conditions actuelles de notre situation.

Ils expriment à votre endroit un profond sentiment de gratitude, qui si sincère soit-il, ne sera jamais à la hauteur de votre dévouement et de votre abnégation pour la chose universitaire.

Nous vous remercions !

 

 

© Jean-Gobert TANOH - porte-parole des promus

www.contrepointphilosophique.ch

Rubrique Philosophie

21 février 2010

 

 

 



[1] Cf. l’ouvrage du Pr. DIBI,  L’Afrique et son autre, la différence libérée. L’auteur met en évidence l’appropriation de l’Universel dans la réalisation de soi, et celle-ci, en filigrane, ne peut exclure tout projet de développement comme mouvement de l’Universel, intégrant l’autre.

2 Cf.  TANOH Jean Gobert, Concept et humanisme in Contrepoint philosophique, site philosophique suisse, 24 juin 2007.

[3] Titre initial du texte : L’être africain, non retenu par les responsables de la Revue Le Portique, jugé sans doute offensant. Pourtant non, il s’agit d’ouvrir le chemin d’un habiter humanisant de l’homme africain.

[4] Heidegger ( Martin), Questions IV, trad. André Préau, (Paris, Gallimard,1976), p.157.

[5] Kant (Emmanuel), Critique de la raison pure, trad. J. L. Delmarre et F. Marty,  ( Paris, Gallimard, 1980 ), p139.

[6] Cf. TANOH (Jean-Gobert ), Concept vivant et choix : horizon d’une possibilisation de l’être africain in Ethiopique, Revue sénégalaise, n° 76 , 2006.

[7] HEIDEGGER (Martin), Etre et Temps, trad, François Vezin, (Paris, Gallimard, 1986)

[8] Conseil  Africain et Malgache pour  l’Enseignement  Supérieur.

[9] Unité de Formation et de Recherche

[10]   Communication, Milieu et Société.