L’heuristique de la peur et les
contresens de la modernité.
Par Dr Traoré Grégoire
http://www.contrepointphilosophique.ch
Rubrique Philosophie
8 février 2009
Fondamentalement appréhendée comme une émotion à l’origine de la perturbation de l’âme, la peur en tant que principe moral fait qustion. Peut-on parvenir à dompter la peur au point d’en faire un principe moral ? La peur telle qu’elle est présentée par Hans Jonas comme force mobilisatrice et organisatrice ne rencontre pas l’assentiment de tous les philosophes, parce qu’ils estiment qu’elle ne peut pas contraindre l’homme à une attitude responsable et encore moins conduire à une maîtrise de la dynamique de la science et de la technique.
Pour Hans Achterhuis par exemple, le concept de l’heuristique de la peur de Hans Jonas est absurde d’un point de vue philosophique. A l’instar de bon nombre de détracteurs de Hans Jonas, Hans Achterhuis, dans son article « la responsabilité entre la crainte et l’utopie », dénonce le caractère vicieux de l’heuristique de la peur et par conséquent son incapacité à atteindre les résultats qu’elle s’est fixés. Pour lui, en effet, il est impensable que la peur puisse remplir la fonction qui lui est assignée. Ainsi, dans son article qui dévoile pour l’essentiel les causes fondamentales du mouvement de l’action technique, Hans Achterhuis critique sans complaisance le concept de l’heuristique de la peur de Hans Jonas.
L’élaboration de ce concept par Hans Jonas traduit-elle simplement la ruse d’un esprit soucieux d’une innovation dans le domaine de la connaissance philosophique ? Tous les débats autour de ce concept proviennent-ils d’une méconnaissance de celui-ci? La peur dont parle Hans Jonas peut-elle contrôler la dynamique de la science et de la technique ou la propulse-t-elle toujours plus en avant ?
A la lecture de ces deux pensées, celle de Hans Jonas et celle de Hans Achterhuis, il apparaît évident que la peur chez Hans Jonas se situe dans le domaine purement moral et éthique ; elle se définit comme une méthode qui consiste à pousser la conscience humaine à réagir face aux dangers que suscitent la science et la technique, alors que la peur dont parle Hans Achterhuis est celle qui pousse la technique à l’efficacité pratique, c’est-à-dire à une meilleure rationalisation des procédés scientifiques et techniques en vue d’une maîtrise des grandes peurs qui étreignent l’humanité.
Bien que ces deux pensées aient en vue une seule idée, à savoir la survie de l’humanité, elles diffèrent profondément l’une de l’autre. Nous pouvons concéder à Hans Achterhuis l’idée que la science et la technique se soient dressées comme une parade aux grandes peurs qui oppressent l’humanité, mais il faut reconnaître que dans leur tentative de maîtrise de cette peur, elles sont devenues elles-mêmes sources de peur et d’angoisse.
En effet, marqué négativement par les effets pervers et dangereux de la science de la technique sur la nature, Hans Jonas estime qu’il est nécessaire maintenant que l’humanité se dote d’un moyen susceptible de la conditionner psychologiquement devant les actions humaines qui rendent incertain son avenir. . Aussi l’heuristique de la peur se présente-t-elle comme un concept dont le but essentiel est d’amener l’homme à adopter une attitude responsable à l’égard du monde.
Le présent article, qui se veut une analyse critique de la démarche de Hans Achterhuis, a pour but essentiel de mettre en évidence le caractère réductionniste de la pensée de cet auteur en ce qui concerne sa définition de l’heuristique de la peur. Sa réflexion est tellement simpliste qu’elle ne restitue pas le véritable sens de ce concept. Ainsi, elle contient des insuffisances qu’il faut absolument combler. Par ailleurs, notre véritable souci est de montrer le caractère dialectique de la peur qui fait que d’une part, elle peut être source d’action irrationnelle, et , d’autre part, source d’une attitude responsableet prudente.. Et c’est cette dimension morale et éthique que l’heuristique de la peur de Hans Jonas s’évertue à mettre en évidence dans Le principe responsabilité et dans Une éthique pour le futur.
I- La peur comme source de la dynamique de la science et de la technique
En réaction aux réflexions de Hans Achterhuis parues dans son article « la responsabilité entre la crainte et l’utopie», nous voulons montrer que l’interprétation que Hans Achterhuis fait du concepte d’heuristique de la peur n’en restitue pas toute la quintessence. . A travers cette analyse, nous voulons réhabiliter Hans Jonas. A-t-on réellement compris cet auteur ? Telle est l’interrogation qui va sous-tendre notre réflexion. Son intention fondatrice est de montrer qu’au-delà des interprétations négatives et négatrices de ce concept, l’heuristique de la peur est, chez Hans Jonas, une méthode dont le but est de juguler les effets pervers et néfastes des technosciences. C’est pourquoi Hans Jonas, en donnant cette dimension morale et éthique à ce concept, exprime clairement sa volonté de se démarquer du concept de la peur tel qu’il est ordinairement appréhendé par le sens commun.
« La peur est l’émotion du danger ».[1] Sous sa forme brutale, elle se traduit par une brusque perturbation des représentations mentales et de l’équilibre organique de l’être vivant. Etant sous l’effet de la peur, celui-ci ne peut appréhender sereinement les choses. Elle peut être à l’origine d’un blocage à toute action parce qu’elle nous empêche de nous organiser pour affronter un danger qui nous menace. Ainsi, au lieu de nous donner les moyens pour le combattre, elle nous pousse à la fuite, à l’inaction, à des actions désordonnées et désorganisées. Ce sont d’ailleurs les manifestations de cette émotion sur l’équilibre mental et biologique de l’homme qui expliquent l’inquiétude des philosophes devant l’usage que Hans Jonas entend faire de la peur.
Cependant, dans certains cas, la peur peut être source d’action. Elle peut conduire à une attitude responsable et de prudence. C’est ce que François Lelord et Christophe André tentent de montrer à travers ce proverbe russe : « la peur a de grands yeux »[2]. Elle nous permet de détecter facilement les choses qui nous menacent et de prendre des dispositions adéquates pour y faire face.
Comme nous pouvons le constater, la peur se donne tantôt comme source d’action responsable, tantôt comme déroute. Elle se présente comme une réaction à la fois physiologique et affective à un évènement prévisible, réel ou imaginaire. Elle est inséparable de la représentation qui l’accompagne. Par ailleurs, elle nous permet d’anticiper les conséquences futures de nos actions afin de prévenir un danger qui est susceptible de nous menacer.
C’est certainement cette dimension de la peur qui amène Hans Jonas à penser que l’outil nécessaire pour juguler les effets pervers de la science et de la technique est indéniablement l’heuristique de la peur. Ce concept se présente comme une sorte de conditionnement psychologique de l’individu ; il doit l’amener à prendre conscience des menaces que les technosciences font planer sur l’équilibre symbiotique du monde et l’avenir de l’humanité. Au fond de cette démarche originale se trouve l’idée suivante : les catastrophes humanitaires d’envergure planétaire attestent le fait que « la suprématie scientifique, contrairement à ce que l’on pense, n’est pas acquise »[3]. En clair, la science et la technique ne disposent pas de véritables dispositifs sécuritaires fiables susceptibles de garantir la survie de l’humanité. Pour Hans Jonas, le caractère imprévisible de nos actions nous impose une attitude responsable qui doit nous permettre d’en anticiper les conséquences.
Or, en partant des grands textes des philosophes utopistes du 17e siècle, Hans Achterhuis montre que le principe fondamental de toute démarche utopique, de la science et de la technique et du progrès lui-même, est celui de la peu Pour Hans Achterhuis, la source de la peur est l’instinct de survie portant sur une conservation immédiate de soi-même. Et pour assouvir cet instinct, la science et la technique assurent à l’homme non seulement les éléments de satisfaction de ses besoins, mais aussi la réalisation de tous ses rêves. Hans Achterhuis, en prenant le contre-pied de la pensée de Hans Jonas, souligne le caractère rassurant des prouesses scientifiques et techniques.
Pour Hans Achterhuis, avec la modernité, les projets les plus inimaginables qui ont été décrits et annoncés par des philosophes utopistes comme Francis Bacon et Thomas More, sont en train de se réaliser. Grâce au pouvoir de transformation de la science et de la technique, l’homme est arrivé aujourd’hui à traduire en acte la plupart de ses rêves. Dans l’esprit de Hans Achterhuis, l’utopie est une réponse aux peurs de l’humanité parce qu’elle lui insuffle non seulement les idées pour maîtriser les dangers qui la menacent, mais aussi et surtout la force d’espérer en un monde meilleur. Contrairement à Hans Jonas, qui voit dans l’utopie l’une des causes de l’immoralité de l’action humaine, Hans Achterhuis pense qu’elle est le moyen qui propulse l’action technique, sociale et politique.
« L’utopie est un départ pour un ailleurs meilleur, une contre-société débarrassée de ses malheurs. Elle apparaît à certains comme une réponse à un problème immédiat et urgent, à d’autres comme une anticipation (« l’utopie d’aujourd’hui sera la réalité de demain»), à d’autres encore comme le carburant de la machine sociale (« sans utopie, la société dépérit»)[4].
En tant que représentation idéale, l’utopie vise le bonheur humain. Et celui-ci se traduit par une vie sociale harmonieusement organisée et techniquement sécurisée. Ainsi, la « révolution économique et technique »[5] se présente comme la réponse la plus efficace à la situation de l’humanité. Et cette voie, qui fut proposée par Hobbes, apparaît aux yeux de Hans Achterhuis comme la meilleure en vue de la sécurisation de l’humanité, parce qu’elle montre que la technique, plus que la religion et la politique, permet de rassurer les hommes face aux dangers qui les menacent quotidiennement.
En tant que partisan du progrès, Hans Achterhuis voit dans la science et la technique les seuls moyens de faire face aux peurs qui étreignent l’humanité. Désormais, il appartient aux hommes d’inventer les outils nécessaires pour leur propre défense. Le développement des arts et des techniques permet d’apaiser la souffrance des hommes. Avec la science et la technique, l’homme dispose de moyens adéquats pour assurer sa survie. Ce sont sans nul doute les raisons qui justifient la position de Hans Achterhuis à l’égard de ce concept que Hans Jonas brandit comme une méthode de contrôle de l’action technique.
« Contrairement à ce qu’il espère et attend, à savoir que cette heuristique apportera une aide en plaçant des limites à l’expansion et à la croissance et en mettant un terme à l’impulsion utopique, on peut affirmer que, dans notre histoire, l’heuristique de la peur a donné naissance à ces réalités. On imagine difficilement pourquoi la peur de l’apocalypse oeuvrerait différemment aujourd’hui, pourquoi elle nous conduirait actuellement à des limites et à une prise de responsabilité plutôt qu’à l’expansion et à l’utopisme »[6].
Dans une telle perspective, l’heuristique de la peur est considérée comme « la principale force motrice de la croissance économique et technologique ».[7] Ainsi, au regard de tout ce qui précède, la thèse de Hans Achterhuis se résume comme suit :
« Ma thèse principale sera que ces peurs qui pourraient généralement être définies comme la peur de la rareté, propulsent l’humanité occidentale, durant les siècles suivants, avec bien plus de force que la promesse positive du progrès. Elles accompagnent toujours le progrès comme son ombre et apparaissent comme telles maintenant que le mythe du progrès s’est de nouveau affaibli pour un grand nombre de nos contemporains »[8].
Ce qui veut dire que l’heuristique de la peur de Hans Jonas est absurde et incapable d’atteindre les résultats qu’elle s’est assignés. En défendant ce point de vue, l’intention de Hans Achterhuis est de prouver que le progrès scientifique et technique est la seule voie qui peut résoudre tous les problèmes de l’humanité, qui se réduisent à deux points essentiels : la peur de la rareté des ressources et la guerre civile. La croissance, l’expansion et le progrès apparaissent à ses yeux comme la véritable clé aux peurs de l’humanité. Toute sa conception se développe à l’opposé de celle de Hans Jonas qui voit dans un progrès aveugle et incontrôlé les véritables causes des problèmes de l’humanité.
Ce que Hans Achterhuis oublie de mettre en évidence, c’est que des faits historiques prouvent également que la technique moderne a été à la base des plus grandes frayeurs de l’humanité. En effet, des exemples d’innovations scientifiques malheureuses et leurs effets sur la nature et l’homme montrent que la science et la technique sont incapables de mettre fin à la peur. D’ailleurs, l’idée qu’une partie de la planète puisse être détruite par un individu perturbé aux commandes d’une machine dangereuse est à prendre au sérieux. La réalisation de tous les rêves peut tourner court et plonger l’humanité dans une catastrophe sans précédent.
Notre intention n’est pas de mettre les deux philosophes dos à dos, mais de les réconcilier. Certes, la science et la technique se sont souvent présentées comme une parade aux peurs qui ont bouleversé l’humanité, mais il faut reconnaître que dans leur rapport au monde, elles sont parfois devenues source de peur et d’inquiétude. C’est pour cela que l’heuristique de la peur, comme l’entend Hans Jonas, peut être une nécessité dans un monde où la réalisation de tous les rêves au moyen de la science et de la technique est considérée comme un défi. Nous sommes d’accord avec Hans Achterhuis pour dire que la science et la technique peuvent par moment nous soulager de nos angoisses, mais elles ne sont pas une voie sûre et certaine. Bien que sa façon de voir les choses semble justifiée, il faut souligner que la technique ne peut pas totalement mettre fin aux peurs qui étreignent le monde. L’erreur de Hans Achterhuis, c’est de n’avoir pas suffisamment mis l’accent sur ce caractère méphistophélique, effrayant et apocalyptique de la science et de la technique. Toute sa tâche a consisté simplement à se positionner en un défenseur de la science et de la technique.
Il est évident qu’elles ont contribué à rassurer les hommes face aux dangers qui ont menacé le monde, mais nous ne devons pas perdre de vue qu’elles ont aussi participé d’une certaine manière à l’émergence de ces dangers. Parailleurs, la peur, qui est au fondement de la théorie politique de Hobbes et de la technique qu’il préconise comme moyen susceptible de garantir la survie de la cité et des citoyens, dispose-t-elle d’une force nécessaire pour pousser ceux-ci à vivre de façon rationnelle et à appréhender l’avenir avec sérénité ? La peur chez Hobbes, il faut le souligner, est le paradigme fondamental à partir duquel une société peut parvenir à se consolider. Pour vivre harmonieusement dans la société, Hobbes pense que les hommes doivent développer un mécanisme qui leur permet d’évoluer vers une institution politique assurant leur sécurité. Ils préserveront ainsi leur vie de la rareté des moyens de subsistance. Cependant, toute sa philosophie, et particulièrement sa théorie éthique et politique, pose problème. En effet, on décèle chez Hobbes une incitation à la satisfaction des besoins immédiats des hommes. Sa pensée se préoccupe davantage de la gestion immédiate des besoins des hommes que de prévoir des voies qui assurent leur avenir.
Cette peur primordiale, qui caractérise l’état de nature, est à la base de la création des arts , des techniques et de l’action politique et va donner naissance à ce souverain énigmatique qu’est le Leviathan.
« Telle est la génération de ce grand Leviathan, ou plutôt pour en parler avec plus de révérence, de ce dieu mortel, auquel nous devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre protection ». [9]
Ce détour par la pensée de Hobbes permet de montrer que la nature humaine, y compris la nature physique, doit être,chez lui, dominée par la technique aux fins de satisfaire les besoins des hommes. Hobbes et de Hans Achterhuis se rejoignent sur un point : l’homme doit absolument se dresser contre la nature et la maîtriser afin de garantir la survie de l’homme. La rationalisation de la nature favorise une bonne maîtrise des besoins des hommes et leur assure une existence débarrassée de toute forme de peur.
Le mythe de Prométhée et celui de Protagoras paraît clair à ce sujet. L’esprit de ces deux mythes, qui partent de l’ autodéfense, avant d’aborder la conquête du monde, montre que tout être vivant est dominé par un instinct de conservation. C’est ce que Hans Jonas lui-même nomme « principe d’approbation de la nature». [10] C’est la peur de ne pas se défendre contre la nature hostile, ou de ne pas être, qui a conduit l’homme à accepter, de la part de Prométhée, le feu de la connaissance qui devrait servir au développement des arts et des techniques. Prométhée a voulu épargner à l’espèce humaine une humiliation et une mort violente. Hans Achterhuis a sans doute perçu cet aspect des choses. La technique apparaît comme un exutoire. Elle a un effet motivateur puisqu’elle devient une sorte de sublimation de la peur. Elle est douée d’une mission naturelle qui consiste à assurer aux hommes les moyens de leur survie. C’est cette peur naturelle, psychologique et pulsionnelle, qui pousse l’homme à inventer des outils pour se protéger et satisfaire ses besoins.
En effet, la nature est présentée comme le lieu de la mise à mort de notre liberté. Cette idée est pésente aussi dans Le contrat naturel de Michel Serres. Pour Michel Serres, la nature dans l’esprit des hommes est considérée comme une entité qui menace la vie de l’humanité. A l’origine elle ne dépendait nullement d’eux.et l’’homme devait s’armer de courage et de moyens techniques pour l’affronter. L’homme gagné par une peur irrationnelle, pulsionnelle, va se lancer dans une guerre sans merci contre la nature sans en prendre toute la mesure. Abandonné à son propre sort, sans défense, pris de panique et d’angoisse, il se lance aveuglement dans la conquête de l’univers. C’est cette idée que Boris Cyrulnik reprend dans la formule suivante :
« Les premiers hommes avaient peur de la nature. Ils avaient froid, faim, craignaient d’être dévorés par des animaux… Bref, tout leur faisait peur, parce qu’ils ne contrôlaient rien. Et donc leur tranquillisant à été… le silex, qui leur a permis de tuer les animaux, découper leur viande ».[11]
Cette façon de comprendre l’attitude des hommes à l’égard de la nature est très juste, car ce qui est au fondement de la production des arts, c’est bien la peur. Dans son article, Hans Achterhuis attire notre attention sur l’impact de la peur sur la dynamique de la science et de la technique. L’objectif de la science et de la technique est de rassurer les hommes en mettant en place des dispositifs techniques pour garantir leur survie. A cet égard, elles sont une parade et une réponse à ces peurs qui ont toujours tourmenté le monde. A dire vrai, c’est la peur d’une mort brutale qui pousse les hommes à développer des techniques toujours plus performantes et plus efficaces.
Mais nous voulons également prouver que l’acquisition de ces moyens techniques donne aujourd’hui lieu à un excès de zèle et à un complexe de supériorité, à tel point que le scientifique ne s’inquiète plus des conséquences de son action sur la nature. Comment peut-on sortir de cet engrenage ? Comment contrôler cette peur qui a été provoquée par la science et la technique ? Paradoxalement, pour Hans Jonas, c’est encore par la peur que l’homme peut y arriver. Mais, la peur de type jonassien est comprise dans un sens purement moral et spirituel.
Les critiques formulées par Hans Achterhuis à l’encontre de Hans Jonas, bien qu’elles soient quelque peu justifiées, ne prennent pas en compte toute la dimension du concept de l’heuristique de la peur , à savoir sa dimension morale et éthique. Ce qui laisse penser que le philosophe se soit très peu familiarisé avec ce concept. Notre intention n’est, cependant, pas de rejeter en bloc tout ce que Hans Achterhuis a dit dans son article au sujet de la peur et de ses effets sur le progrès scientifique et technique, mais de montrer qu’il en a eu une vision trop limitée.
En effet, tout se passe comme si, pour Hans Achterhuis, la science et la technique avaient atteint ce que Boris Cyrulnik appelle l’« attachement sécurisant»[12]. A en croire Hans Achterhuis, la technique peut, désormais, faire face à toutes les catastrophes d’envergure planétaire. Or, la question essentielle, qui ne cesse de hanter l’esprit de tout homme soucieux de l’avenir de l’humanité, est celle-ci : la science pourrait-elle garantir à l’humanité présente et à venir, un avenir rassurant, eu égard à la liberté qu’elle prend avec les ressources de la nature ? Cette peur pour l’avenir de l’humanité est-elle réellement prise en compte par la science et la technique ?
Ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’aujourd’hui, les techniques dans leur mouvement de conquête du monde, semblent n’avoir pas pris toute la mesure de leur action sur la nature. La peur qui est au fondement de la dynamique de la science et de la technique va donc créer les conditions d’émergence d’une peur rationnelle, spirituelle, moralisatrice, de type jonassien, génératrice d’une attitude plus responsable à l’égard des ressources naturelles qui, à n’en point douter, sont foncièrement limitées. C’est la perspective d’un monde dominé à la fois par le bien et par le mal qui exige une telle peur. En employant le terme « heuristique de la peur » et non tout simplement celui de peur tout court, il évident que Hans Jonas veut attirer notre attention sur un fait : la peur a une dimension morale qui peut permettre de contrôler la dynamique de la science et de la technique. Elle se présente comme un mouvement de prise de conscience, de réaction face à un avenir qui est de plus en plus incertain. Devons-nous rester insensibles face aux dérives de la science et de la technique ? Ce qui continue de caractériser l’être humain, c’est cette force intérieure qui le pousse non seulement à poser des actions nobles, mais aussi à se sentir responsable de tout ce qui l’entoure. Et c’est sur cette corde sensible que Hans Jonas veut, désormais, jouer.
La plupart du temps, le scientifique agit comme s’il avait le contrôle de toute la situation. Tout se passe comme s’il pouvait foncer, tête baissée, sans prendre en compte la possibilité d’un danger qui pourrait survenir à n’importe quel moment. Pour lui, il est question de minimiser le danger ou de le considérer comme n’étant pas réel. Une telle façon de voir les choses amène les scientifiques à se lancer dans des aventures souvent périlleuses ou à négliger de prendre les précautions nécessaires pour faire face aux catastrophes qui pourraient menacer l’équilibre du monde. D’ailleurs, le scientifique croit disposer de toutes les garanties pour rassurer l’humanité des prouesses de la science et de la technique. Ainsi se départit-il de toute forme de morale sauf de celle qui propulse son action.
« On joue : on fait le pari que le monde fonctionne d’une certaine façon. Et l’on perd, ou l’on gagne. Toute démarche scientifique devrait être un jeu, où l’on accepte le risque de se tromper »[13].
Certes, la peur aiguise notre esprit de création en nous permettant d’inventer des outils scientifiques capables d’apaiser nos souffrances, mais la certitude d’être des êtres infaillibles peut être à la base de notre chute. La démesure de nos forces sur la nature et ses conséquences lointaines fait que la peur est devenue notre quotidien.
En s’appuyant sur la pensée des philosophes utopistes et sur celle de Hobbes, Hans Achterhuis veut montrer la capacité de la science et de la technique à dominer les peurs de l’humanité. Or, la technique, qui doit servir à enrayer la peur, est elle-même génératrice de peur. Autant la structure politique mise en place par Hobbes pour garantir la survie de la société inspire crainte et peur, autant les dispositions techniques pour assurer sa pérennité peuvent être source d’angoisse. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la technique est d’autant plus effrayante que rassurante.
II. l’heuristique de la peur : la peur de la peur
C’est cette façon de penser la technique comme panacée à tous les maux de l’humanité qui suscite crainte et frayeur. D’ailleurs, l’optimisme béat qui caractérise la science et la technique fait que la peur de voir l’humanité sombrer dans une situation apocalyptique se justifie aujourd’hui. Cette foi aveugle qui habite les hommes, pourrait tourner au drame et compromettre l’avenir de l’humanité. C’est justement ce qui fonde la mise en place du concept de l’heuristique de la peur.
L’avenir est cet inconnu , cet indéterminé. Il échappe au prisme réductionniste et étriqué de la rationalité scientifique. L’avenir est quelque chose dont nous n’avons qu’une idée tellement vague que nous ne pouvons déterminer avec exactitude ce qu’il nous réserve. Bien que toute l’entreprise scientifique ait pour objectif la maîtrise de tout ce qui relève de l’avenir, il faut reconnaître qu’elle n’y est pas encore parvenue. D’ailleurs, la possibilité que l’on n’y parvienne pas est grande. Pour Hans Jonas les idées utopiques et politiques qui orientent l’action scientifique et technique le rendent flou ou obscur. D’où cette attitude de prudence, de circonspection, de précaution. L’’heuristique de la peur énonce l’idée suivante : le principe de précaution doit être respecté dans nos rapports à l’environnement naturel. Ce qui justifie cette attitude, c’est la façon dont Hans Jonas juge la technologie scientifique : « (…) cette puissance que la technologie scientifique nous propose dans une direction qui, de prime abord, paraît toujours, ou presque toujours, bienfaisante, mais qui finit, lorsqu’on extrapole ses ordres de grandeur croissants, par révéler ses aspects dangereux et parfois même catastrophiques ». [14]
Hans Jonas dénonce dans l’utopie son caractère souvent excessif, qui fait miroiter l’idée que l’homme peut atteindre le « summum bonum »[15]. Cette façon d’envisager le bonheur humain ne peut que susciter des frissons, voire de la peur , faute de limites à l’ action de l’homme et de mesure dans ses ses rêves..
« Il en résulte, entre autres choses, ce que j’appelle au cours de mes réflexions l’ « heuristique de la peur » : lorsque le principe espérance n’a plus de force inspiratrice, alors c’est peut-être l’avertissement de la peur qui peut nous conduire à la raison. La peur ne constitue peut-être pas en elle-même une position noble, mais elle est tout à fait légitime. Et s’il y a quelque chose à redouter, la prédisposition à une peur justifiée est en elle-même un commandement éthique»[16].
La peur est une prescription morale parce qu’elle nous indique le type d’attitude que nous devons adopter face au monde. Comme telle, elle est délibérée. Seul ce conditionnement psychologique peut nous pousser à un comportement responsable et raisonnable à l’égard de tout ce qui touche l’avenir du monde. Ce conditionnement psychologique est une invitation à une prédisposition à une peur conforme à la raison et à une action éthique.
Ce qui distingue le concept de l’heuristique de la peur chez Hans Jonas, c’est sa dimension morale. Elle n’est pas une peur-panique ou simplement psychologique. Elle a un pouvoir d’anticipation parce qu’elle permet, à partir de l’action présente, d’imaginer ce que pourra être l’avenir du monde et de l’humanité. D’ailleurs, la rareté des moyens de subsistance interdit une attitude désordonnée, désorganisée à l’égard de la nature. La production de masse est l’une des causes fondamentales de la situation dramatique que connaît l’humanité, parce qu’elle suppose que la surabondance peut mettre fin à la peur. Or, cette façon d’exploiter la nature conduit inéluctablement à un épuisement de ses ressources.
C’est pour contrecarrer cette action de la technique que l’heuristique de la peur s’impose comme une nécessité. Pour
Hans Jonas, seule la peur peut parvenir à changer le comportement de l’homme. La dynamique actuelle de la science et de la technique, et les pouvoirs de transformation qu’elle implique, nous impose une démarche intellectuelle et philosophique qui non seulement nous dévoile la valeur de la vie, mais nous incite aussi à des dispositions pratiques pour garantir la survie de l’humanité. Toutes ces dispositions pratiques nécessitent une connaissance préalable des réalités de la nature et des limites à ne pas franchir dans nos interventions sur elle. Pour accéder à cette connaissance, nous disposons de deux sources : l’une métaphysique et l’autre historique.
D’un point de vue métaphysique, « Il s’agit déjà d’une opinion ontologique, métaphysique, d’un genre particulier, que j’appelle le principe d’approbation de la nature : la vie acquiesce à elle-même exclusivement en vertu de la volonté indéracinable de rester en vie, autrement dit en luttant pour l’existence. Cet acquiescement général de la nature à elle-même se révèle dans la vie et dans les sentiments subjectifs, tels que la peur, l’angoisse et l’effort (…)»[17]. Cette lutte perpétuelle pour la vie manifeste la peur que tous les êtres vivants éprouvent face à leur anéantissement. Elle prouve que la vie est une valeur suprême qui doit être absolument protégée contre tous les abus de l’action humaine.
D’un point de vue historique, Hans Jonas montre que l’essence du monde et de l’homme doit être absolument protégée parce qu’elle est foncièrement bonne. Par conséquent, elle ne doit pas être modifiée. Cette image n’est pas à inventer ou à construire, « Car, dans son histoire, « l’homme» s’est déjà montré- avec ses hauts et ses bas, sa grandeur et sa misère, son sublime et son ridicule. Face à tous les rêves utopiques d’un homme « authentique » et « vrai» qu’il s’agirait d’espérer ou de construire, ou de permettre, voire d’imposer- rêves politico-anthropologiques d’ordre eschatologique, nous conduisant forcément au malheur-, il convient d’opposer que « l’homme » a toujours été là, avec toute cette hiérarchie de ce qu’il est nécessaire d’éviter et de ce qu’il est impossible de dépasser».[18]
La peur joue un rôle important chez Hans Jonas : elle est « une faculté de connaissance, elle est l’objet d’un devoir, elle est un sentiment moral (…) »[19]. En tant que connaissance, l’heuristique de la peur nous permet d’anticiper, d’imaginer les conséquences qui pourraient découler de nos actions présentes. C’est le caractère obscur et incertain de l’avenir qui nous impose cette attitude. Puisque nous n’avons aucune idée précise du danger que font planer les sciences et les techniques sur l’humanité, nous devons les imaginer. L’imagination est une dimension fondamentale de l’heuristique de la peur. En effet, la dynamique actuelle de la science et de la technique et les dérives qu’elle entraîne montre à travers des signes vagues ce qui pourrait être attendu au bout de ce processus.
« Le malum imaginé doit donc assurer le rôle du malum éprouvé et cette représentation ne s’impose pas automatiquement mais il faut se la procurer délibérément : se procurer cette représentation par une pensée tournée vers l’avenir devient la première obligation ; pour ainsi dire l’obligation liminaire de l’éthique qui est ici recherchée ».[20]
Par ailleurs, cette mise en images ne suffit pas. . Elle doit être accompagnée par des sentiments adéquats. Ce qui veut dire que « (…) nous devons lui concéder cette influence. Il ne peut donc pas s’agir ici, comme chez Hobbes, d’une peur de type « pathologique » ( pour parler de Kant), qui s’empare de nous de sa propre force, à partir de son objet,mais d’une peur de type spirituel qui en tant qu’affaire d’attitude est notre propre œuvre »[21]
Avoir peur, c’est s’inquiéter non seulement pour soi-même, mais aussi du sort de l’humanité présente et à venir. Cependant, chez Hans Jonas, cette représentation du danger n’est pas forcément réaliste, même si celui-ci est perçu comme inévitable. C’ est une opération mentale qui consiste à se représenter ce qui pourrait provenir des rapports que l’action technique entretient avec la nature. En tant que telle, la peur est anticipation. C’est cette représentation d’un avenir tissé d’indétermination, qui nous fait frémir, qui suscite en nous des émotions adéquates ou conformes à la situation.
Dans Le principe responsabilité, Hans Jonas, indique que, même si l’avenir suscite frayeur et crainte, les choses n’en sont pas pour autant dramatiques. Il appartient à l’homme d’adopter une attitude responsable à l’égard du monde. Ce futur catastrophique que nous fait entrevoir notre imagination ne se produira pas fatalement. En agissant sur le comportement des hommes, nous pouvons parvenir à sauver l’humanité. La peur est une invitation à adopter une attitude respectueuse de la valeur du monde et de l’humanité.
Pour Hans Jonas, nous devons évaluer les risques qui sont susceptibles de provenir de la dynamique de la science et de la technique afin de prendre les mesures qui s’imposent. Tout se passe comme si nous devions parier sur l’improbable et éviter tout ce qui peut y conduire .. Ce qu’il faut retenir, c’est que c’est l’échec de la rationalité scientifique et technique à garantir la survie de l’humanité qui a poussé Hans Jonas à proposer la peur comme moyen pour juguler les effets d’une science et d’une technique qui pourraient être des ²signes annonciateurs² d’une catastrophe planétaire.
Conclusion
En définitive, ce que Hans Jonas veut montrer à travers le concept de l’heuristique de la peur, c’est qu’il appartient maintenant aux hommes d’adopter une attitude de sagesse à l’égard de la nature en tant que support de toute existence. Nous n’avons pas d’autre choix que ce type de comportement parce que nous ne disposons pas encore d’outils scientifiques capables de prévoir avec exactitude les conséquences lointaines de nos actions sur la nature. Notre responsabilité en tant qu’être humain est de faire en sorte que l’humanité ne disparaisse pas, car nous avons le devoir d’assurer aux générations futures une existence saine et supportable.
En effet, quand nous roulons sans ²indicateur de vitesse², il nous est impossible de savoir ce vers quoi nous fonçons et surtout de connaître les limites à ne pas dépasser. Il est souhaitable que la règle de l’efficacité que se sont imposée la science et la technique respecte également des normes qui prennent en compte toute la valeur de l’humanité.
La liberté humaine selon Hans Jonas, n’a de sens que lorsqu’elle est balisée. C’est du reste, de telles limites qui lui donnent toute sa valeur. Et la seule voie susceptible de la contrôler est la voie politique. La politique doit lui imposer une restriction sévère :
« s’imposer des limites est la première obligation de toute liberté, la condition même de son existence, car c’est seulement ainsi qu’une société- sans laquelle l’homme ne peut asseoir sa domination sur la nature - est possible».[22]
Tout ce que fait Hans Jonas, c’est d’établir un diagnostic des avancées scientifiques et techniques et d’attirer notre attention sur les conséquences qui peuvent en découler. Désormais, l’homme doit faire en sorte que la science et la technique, qui ne sont que des instruments de sa propre invention, ne compromettent pas son propre avenir. Pour Hans Jonas, la prise en compte de la valeur de la nature peut nous permettre, en rompant avec une approche de la nature exclusivement scientifique, de fonder une attitude à l’égard du monde qui soit éthiquement acceptable.
Par ailleurs, la raison de sa méfiance à l’égard de l’utopie est à chercher dans l’ esprit subversif et destructeur de celle-ci : Or, « on ne change pas le monde avec des fadaises, des excentricités, des élucubrations, mais par des propositions responsables, des perspectives constructives, des projets réalisables »[23]. Bien que les utopistes, aient en vue, « (…) l’amélioration de la situation de leurs contemporains »[24], la plupart de leurs récits qui sont « parfois proches de la science-fiction, ne sont guère « futuristes» ou prospectivistes »[25]. Connaître d’avance les choses, faire des prévisions et des suppositions responsables sur ce qui doit arriver ou pourrait arriver, n’est pas au centre de leurs préoccupations. C’est, en revanche, ce qu’il, lui, cherche à promouvoir.
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Par Dr Traoré Grégoire
http://www.contrepointphilosophique.ch
Rubrique Philosophie
8 février 2009
Dr Traoré Grégoire
ENSEIGNANT-CHERCHEUR
UNIVERSITE DE BOUAKE
COTE D’IVOIRE
DEPARTEMENT DE PHILOSOPHIE
[1] Lelord (F.) et André (C.).- La force des émotions, Paris, Ed. Odile Jacob,
Avril 2003, P. 270.
[2] Idem, P. 285.
[3] Cosandey (D.).- « La suprématie scientifique n’est pas acquise » In :
Sciences et Avenir, Déc. 2007, p. 114.
[4] Paquot (T.).- L’utopie ou l’idéal piégé, Paris, Hatier, Coll. Optiques
philosophiques, 1996, p.3.
[5] Achterhuis (H.).- « La responsabilité entre la crainte et l’utopie » In: HansJonas, Nature et responsabilité, Paris, Ed. J. Vrin, 1993, p.40.
[6] Achterhuis (H.).- op.cit, p. 44.
[7] Ibidem.
[8] Idem, P. 42.
[9] Hobbes (T.).-Leviathan, traduit de l’anglais par François Tricaud
Paris, édition Sirey, février 1971, PP.177-178.
[10] Jonas (H.).- Une éthique pour la nature, traduit de l’allemand par
Sylvie Courtine-Denamy, Paris, Ed. Desclée de Brouwer,
2000, PP.23-24.
[11] Cyrulnik (B.).- « Pourquoi le hasard est-il si dérangeant ? » In : Science
et vie, N° 1079, Août 2007, p.62.
[12] Cyrulnik (B.).- Op cit., p.63.
[13] Cyrulnik (B.).- Op cit, p.63.
[14] Jonas (H.).- Une éthique pour la nature, traduit par Sylvie Courtine-
Denamy, Paris, Ed. Desclée de Brouwer, 2000 ? P.134.
[15] Ibidem.
[16] Jonas (H.).- Idem, p.135.
[17] Jonas (H.).- Une éthique pour la nature, traduit par Sylvie Courtine-
Denamy, Paris, 2000, p.52.
[18] Jonas (H.).- Pour une éthique du futur, traduit par Sabine Cornille et
Philipe Ivernel, Paris, Ed. Rivages/ poche, 1998, P.89.
[19] Mathias (J.C.).- Politique de cassandre : une philosophie de la peur
comme éthique de la responsabilité. http : //www.ulaval.ca/phares/
vol.4_automne03/texte07.html (Enligne). Consulté le 06/01/2008
[20] Jonas (H.).-Le principe responsabilité, traduit par Jean Greish, Paris,
Ed. du Cerf, 1990, p. 50.
[21] Jonas (H.), Idem, p.51.
[22] Jonas (H.). -Une éthique pour la nature, traduit par Sylvie Courtine-
Denamy, Paris, Ed. Desclée de Brouwer, 2000, p.146.
[23] Paquot (T.).- L’utopie, ou l’idéal piégé, Paris, Ed. Hatier, 1996, P. 60.
[24] Ibidem.
[25] Ibidem.