Quand le néolibéralisme se révolte contre

l'injustice... biologique

 

 

Par Véronique Hervouët

www.contrepointphilosophique.ch

Rubrique Humorales

28 septembre 2008

 

 

Nous entrons dans un mouvement d'accélération du marché de l'humain*. Les campagnes publicitaires et médiatiques se multiplient pour constituer les stocks d'organes nécessaires au marché de la greffe dont l'expansion est bloquée par l'écart entre l'offre et la demande...

 

Des émissions télé grand public avec des présentateurs connus ont commencé leurs prestations. La méthode est classique. Tout d'abord culpabiliser. Le message : les Français ont du retard sur le plan de la générosité (30% refusent de donner leurs organes) par rapport à leurs voisins espagnols (15% seulement de refus). A titre d'exemple, on exhibera sur plateau télévisé deux familles de « bon Français », donneurs d'organes. L'une a donné les organes de sa vieille mère (« On a donné tous ses organes »). L'autre ceux d'un jeune frère...

 

Nous constaterons dans ces discours une conception paradoxale de la solidarité et un double langage politique : tandis que la société devient de moins en moins solidaire du haut vers le bas (via les « réformes », c'est-à-dire le démantèlement des solidarités économiques et sociales), les élites politiques et médiatiques réclament avec une autorité, une impatience bien mal dissimulées, la solidarité de la « France d'en bas »... Et quelle solidarité ! Qu'ils donnent leurs organes ! Seule valeur et richesse détenues par les « masses » anonymes mais convoitées par les « élites » pour autant qu'elles constituent pour elles un scandale : l'inégalité biologique ne distingue pas entre les pauvres et les riches, produisant ainsi des catégories incompatibles avec les critères économiques du marché : des pauvres riches et des riches pauvres... sur le plan biologique.

 

Il est certain que la solidarité n'est jamais allée de soi. C'est sur la base de renoncements individuels, qui ont permis de museler les égoïsmes et les exigences pulsionnelles, que les sociétés humaines se sont engagées dans des organisations collectives solidaires, ce qu'on appelle communément la civilisation.

 

Or, la politique individualiste et consumériste du « chacun pour soi », édictée par la société de consommation et légitimée par les « élites » économiques, politiques et médiatiques, a assurément généré une résurgence des égoïsmes, une révision à la baisse des solidarités, et un fatalisme devant les inégalités qui a démotivé les revendications économiques et sociales.

 

C'est là une situation dont se délectent les « gouvernances », puisqu'elle permet le démantèlement des solidarités économiques exigé par le néolibéralisme.

 

Ce qui est assez obscène, c'est que les inégalités économiques entre forts et faibles, promues et légitimées par les « élites » sous couvert du dogme de « la concurrence non faussée », soient réfutées par elles quand les inégalités sévissent sur le plan biologique.

 

Ainsi voit-on préconiser sans vergogne aux laissés pour compte des « réformes » économiques d'être solidaires de la santé de tous, pour peu qu'ils soient avantagés sur le plan biologique. Etant entendu - quoi qu'on dise - que les plus avantagés économiquement disposeront des meilleurs « arguments » pour être prioritaire à la réception des dons... Ce qui n'est pas pour inspirer confiance aux « donneurs potentiels » les plus vulnérables, dont la vie est de moindre valeur que la mort... si vivement attendue dès lors où l'on peut s'y servir jouissance.

 

Pour susciter la solidarité biologique dans le même temps qu'est légitimé l'abandon des solidarités économiques, le dispositif médiatique est requis pour engager la grosse artillerie, c'est-à-dire la propagande qui tient lieu d'information et sert en réalité à faire avaler aux peuples toutes les régressions, prédations, couleuvres et potions amères.

 

 

© Véronique Hervouët

www.contrepointphilosophique.ch

Rubrique Humorales

28 septembre 2008

 

 

 

 



* * Ce « marché » fait l'objet d'un exposé plus détaillé sur ce site en rubrique « Humorales » sous le titre Le marché de l'humain en pièces détachées.