Clones de riches, pauvres fantasmes.

 

Par Sylvie Bonzon

 

On ne parle déjà presque plus des clones… c'est peut-être le bon moment pour y revenir; non tant dans le registre de la condamnation horrifiée que pour souligner l'indigence de l'entreprise, la pauvreté du projet.

Prouesse technique ? Avec beaucoup de ratés, plus que n'en admettrait la moindre chaîne de production…Et qui n'apporte rien de neuf à la science, nous disent les spécialistes, puisqu'aussi bien la démarche à suivre est connue et sa mise en œuvre assurée à plus ou moins long terme.

Fantasme de toute-puissance, de maîtrise, antique désir humain de prendre la place de Dieu ? Alors ce dieu est bien minable : il copie, répète, réédite. Pas même exactement d'ailleurs; voir la chatte Arc-en-ciel dont le clone a viré au rose comme une photo mal tirée. Mais de création, point : la création est création de l'unique et si l'homme est "image" de Dieu, c'est à ce titre d'abord ; unique, inconnaissable, indésignable même dans ce qui fait son être véritable. Fabriquer n'est pas créer; créer c'est offrir du neuf; c'est laisser aller cette nouveauté, lâcher cette créature, vers les chemins qu'elle s'inventera; lui offrir cette ouverture, cet  abandon, en cadeau; les vouloir pour elle. Le clone, en échappant à son fabricant, marquera par là-même l'échec de cette prétendue maîtrise…Il sera la preuve vivante de l'illusion de cette toute-puissance, sauvé de cet arrogant projet par sa condition d'homme et par une existence tissée d'incertitudes et d'inédit.

Fantasme d'immortalité ? Les anciens Grecs, qui n'espéraient rien de la mort, ombres livrées à l'errance qu'ils seraient dans l'Hadès, se voulaient immortels à travers leurs écrits, leurs hauts faits ou leurs enfants. Ils étaient capables de se projeter ainsi symboliquement dans leurs œuvres. La force du symbole s'épuise, dans le clonage, en un indigent fantasme…Non plus vivre au-delà de la mort grâce aux richesses conjuguées de la mémoire et du sens, dans le souvenir de qui je fus, librement évoqué, allégé par l'oubli, mais durer par la seule permanence de mes gênes stupides, les faire peser à travers le temps sur des êtres à jamais embarrassés de moi…

Affligeant projet, si pauvre et si médiocre qu'on se demande pourquoi même y penser, en parler, s'en effrayer, quand toutes nos énergies ne seraient pas de trop pour protester contre la souffrance de  tant d'hommes nés gratuitement et mourant dans la misère.

 

© Sylvie Bonzon

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Rubrique Humorales

Janvier 2003