L'impossible désespoir

 

Par Michel Cornu

 

 

Dans cette vie si brève, il faut bien se distraire. Pour cela, quoi de meilleur que la mort des autres: on peut toujours en parler avant et, du moins l'espère-t-on, après.

 

Dans cette vie si longue, quoi de plus généreux que de cartographier l'axe du mal pour mieux défendre le bien.

 

Le caniche, le verbe haut et la queue basse, suit docilement son maître. Maître en bégaiement et lapsi de tous genres. Le caniche, avant de psalmodier l'hymne de la guerre sur la place publique, a chanté des cantiques dans une église, dite haute, à l'occasion de l'enterrement d'une princesse dont la mort fut l'événement de l'année. Quelle rassurante légitimation de l'existence, soit dit en passant, que de savoir, post mortem, que son trépas fut l'événement de l'année. A l'église ou sur la place publique, avec ou sans ses lunettes carrées, le caniche ressemble à s'y méprendre à un voyageur de commerce qui croit vendre du dentifrice prophylactique et livre des préservatifs percés.

 

La maître du caniche, le maître ès lapsi donc, confondant God et Gold et Petrol, module à l'infini sur les mélodies des chants patriotiques célestes: "I am born again", "God bless America", "Jesus is my life". Après ses expectorations de grand sportif, il n'a plus besoin de longs discours: suffisent les hoquets des mitrailleuses et les rots des bombes larguées par l'armada de la liberté infinie.

 

Certains sionistes, hérauts du Grand Israël –tout rapprochement serait politiquement incorrect- qui, sans le dire, traitent les Palestiniens en sous-hommes, sont convaincus d'accomplir les prophéties du Livre.

 

Certains musulmans intégristes, pour qui monde et mosquée commençant par la même lettre ne font qu' un, sont, du moins pour nous et pour autant qu'en ce domaine comparaison ne soit pas déraison, plus fanatiquement et plus férocement destructeurs dans leur barbarie; peut-être parce que, affaire génétique ou culturelle se demanderont quelques esprits éclairés, plus jeunes en histoire des grands monothéismes.

 

Certains hindouistes, … Parlons-en. Au Cachemire et ailleurs, ils tentent de rivaliser avec les musulmans et n'y parviennent pas si mal, à la morne déception des avachis occidentaux du new age -si tant est que des avachis puissent être déçus.

 

Reste, nous ne dirons pas pour la fine bouche, mais reste la laïcité et sa déesse Raison. La religion laïque. A travers la bourgeoisie, le marxisme, le vétéro et le néocapitalisme, le positivisme et ses sciences, le triomphe de la raison instrumentale, elle a, en attendant les prochains progrès, apporté à l'humanité et son idée la lumière éblouissante de la bombe atomique. Fission n'est plus fiction.

 

Le tableau serait trop incomplet si l'on oubliait tous ceux qui existent en niant l'existence ou font du néant leur credo de salut. Et dans le désespoir, trouvent leur espoir.

 

Dans la caverne du bien désaxé, on se livre à des jeux plus pervers encore que dans celle de Platon.

 

 

L'Idiot, mon frère, tu en connaissais un bout sur le bien désaxé. Il faudrait croire, je veux croire malgré tout que, comme tu le suggères, la Beauté sauvera le monde.

 

 

© Michel Cornu
www.contrepointphilosophique.ch

Rubrique Humorales

Octobre 2002