Election –Domination ?

 

Par Michel Cornu

 

"Aux rois-soleil succédèrent en Europe les peuples-soleil. Devenus des nations de droit divin, ils se jettent aussi avides qu'arrogants, sur les continents les plus éloignés. Parmi leurs membres, l'orgueil et la conscience de la mission deviennent indissociables. Le geste typique de l'Europe des temps modernes –souvent débattu sous le titre trompeur de nationalisme- a été cet expansionnisme maniaque qui découlait d'une croyance: on pensait avoir été choisi pour exercer des droits seigneuriaux sur le monde. Les fantasmes d'élection sont l'étoffe dont sont faits les impérialismes nationaux européens. Sans la croyance qu'ils appartenaient à un peuple élu, les Britanniques n'auraient jamais pu mettre en œuvre leurs missions prétendues ou réelles sur les fronts coloniaux et impériaux, pas plus que les Espagnols, les Français, les Allemands et même les Belges. L'un des éléments fondamentaux de toute politique maniaque et impériale est le fait que ses animateurs voient trôner à leurs côtés le Dieu des réussites."[1]

 

 

"Non, Georges Bush ne fait pas peur aux chrétiens (Le Temps du 20 février). Beaucoup se réjouissent de voir que la nation la plus prospère de la planète est dirigée par un homme qui craint Dieu, et qui l'invoque avant de prendre des décisions. D'autres préfèrent s'en référer aux conseils des hommes, aux sondages ou aux astrologues.

S'il y a désaccord entre les chrétiens, il oppose, principalement, ceux qui ont foi en Jésus (born again), à ceux des courants libéraux, qui marchent selon l'air du temps et vont jusqu'à approuver des mariages homosexuels. Je parle ici des dissidences principales, il y a des désaccords plus subtils."[2]

 

"Les missionnaires américains ne perdent pas de temps. Ils campent aux portes de l'Irak, prêts à voler au secours «matériel» et «spirituel» de la population, quand elle sera «libérée» de Saddam Hussein. La Convention baptiste du Sud, l'une des rares Églises des États-Unis (16 millions de fidèles) à avoir approuvé la guerre, ainsi que le Samaritan's Purse, association humanitaire dirigée par Franklin Graham, fils du célèbre évangéliste Billy Graham, disposent déjà d'équipes à la frontière jordanienne.

Les baptistes du Sud, dont le siège est à Dallas (Texas), ont acheminé pour 250 000 dollars d'assistance. Citant l'un de leurs pasteurs sur place qui, pour des raisons de sécurité, se fait appeler «Brother John», l'objectif, affirment-ils, est de fournir de l'aide aux camps de réfugiés, avant d'entrer en Irak pour y chercher des lieux d'implantation dans le Sud et y développer une mission d'évangélisation baptiste."[3]

 

 

Élection rime-t-elle avec domination? Vocation avec mission? Puritanisme rime-t-il avec mercantilisme? Fondamentalisme avec impérialisme? Le tout dans une grossière dialectique de "croyance", d'ignorance et d'arrogance?

 

© Michel Cornu

www.contrepointphilosophique.ch

Rubrique Humorales

Avril 2003



[1] Peter Sloterdijk, Si l'Europe s'éveille, pp.80-81. Mille et une Nuits, Paris, 2003.

[2] Extraits d'une lettre de lecteurs au journal Le Temps, vendredi 7 mars 2003.

[3] Tiré d'un article de Henri Tincq, Le Monde, samedi 5 avril 2003, p.1.