Un verre d'eau peut en cacher un autre

 

 

Par Michel Cornu

www.contrepointphilosophique.ch

Rubrique Humorales

Décembre 2004

 

 

La tranquille Helvétie est bouleversée par l'outrage infamant porté à l'honneur de ses institutions démocratiques. L'affaire est effectivement très grave: non, il ne s'agit pas des affiches aux odeurs brunâtres, si je puis dire, du parti d'extrême droite, le plus fort de ce pays; non, il ne s'agit pas des cent vingt millions de francs dont disposent les avocats de la défense dans le procès contre divers directeurs au-dessus de tout soupçon de feu la compagnie aéronautique prestigieuse "Swissair". Non, il s'agit d'un artiste, qui porte le nom de Hirschhorn, qui refuse d'exposer en Suisse depuis que le guide charismatique du parti susmentionné appartient au collège des sept Sages dirigeant ce pays. Sachez qu'il a reçu l'hospitalité de la maison suisse de la culture à Paris pour présenter une exposition qui, aux yeux de tous ceux qui ne l'ont pas vue, offense notre démocratie modèle.

 

Heureusement que le sens de l'humour et de la défense sereine et mesurée des valeurs démocratiques habitent les membres du Conseil des États. Imaginez que ces phénix de l'esprit critique ont, sans avoir vu la dite exposition, voulu punir, non pas l'artiste, mais l'institution culturelle dépendant des deniers de la Confédération et qui subventionne le centre suisse de la culture à Paris; ils ont ainsi décidé de retirer des généreux subsides alloués la modique somme d'un million de francs. Un million de nos bons francs suisses. Bien sûr, il ne s'agit pas de censure, seulement d'assigner des limites légitimes aux libertés de création et de critique. Il est temps de rester ferme sur les principes. Le courageux président réélu de la plus grande démocratie ne nous donne-t-il pas l'exemple dans la défense des valeurs? Dans cette affaire, il n'est pas question de jugement artistique sur cette exposition, point sur lequel j'aurai la modestie de ne pas me prononcer n'étant pas compétent et n'ayant même pas vu les œuvres affichées. Penser que la décision du Conseil des États constitue ce que l'on appelle, dans le domaine footbalistique, un autogoal, ici un autogoal démocratique est une évidente erreur. Considérer que de telles mesures puissent être le début de ce qui, en son temps, est arrivé à la culture de nos voisins du sud et du nord serait d'une mauvaise foi totale. D'ailleurs, nous ne risquons aucune errance, protégés que nous sommes par le consensus que seule la culture industrielle de masse peut produire.

 

Moralité. Il faut garder,  chevillé au cœur, l'espoir; tant de raisons nous y invitent. Notamment celle-ci: entre ploutocratie et populisme, la démocratie directe de l'Helvétie n'est, de loin pas, la pire au palmarès des États et des Nations. Encore un effort.

 

 

© Michel Cornu

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Rubrique Humorales

Décembre 2004