Du sublime
Par Baldine Saint Girons
www.contrepointphilosophique.ch
Rubrique Esthétique
29 avril 2007
Pourquoi le sublime qui avait constitué dans l’antiquité grecque la fin par excellence de l’éducation politique a-t-il presque totalement disparu du débat politique, aujourd’hui ? Le plus surprenant est qu’on soit à peine surpris de cette absence. Le sublime refait, cependant, son entrée aujourd’hui par la porte de l’art et de la littérature : le talent serait-il sans conséquence et ne toucherait-il en rien à ce qui fait notre raison d’être ?
Fort éloignée de la triade classique du vrai, du bien et du beau, telle que l’entérine Victor Cousin, la tradition philosophique du sublime a été symptomatiquement tenue sous le boisseau par l’Académie. Elle conçoit, en effet, un principe dynamique qui tend sinon à la saborder, du moins à montrer la limitation des champs d’action de ces trois valeurs. Force est de constater que le vrai ne peut être dit sur le vrai, que le souverain bien échappe à la définition et que le beau tend à nous immobiliser dans un paradis déjà constitué. Nous avons beau éprouver un ardent désir de vérité : celle-ci est fille du temps et doit faire sans cesse l’objet d’une construction. Le beau, quant à lui, devient bientôt un modèle étouffant qui se moque des vicissitudes de l’histoire.
Quelle est la vocation de l’homme ? Si cette vocation est bien de se transcender lui-même, la force du sublime réside dans une dynamique intellectuelle et libidinale qui interdit l’arrêt et sa satisfaction, pour contraindre à une métamorphose incessante. Il tient à l’exacerbation de la faculté d’invention et de sublimation, avec toute l’hétérogénéité et la richesse de sens que put revêtir historiquement ce dernier terme dans des registres aussi différents que la poétique, la sociologie des honneurs, l’alchimie et la psychanalyse.
J’ai ainsi essayé de dégager deux clés dans l’appréhension du sublime : la critique du beau (d’un beau immobile, autosuffisant et intemporel, prêtant à un académisme vide) et la sublimation conçue moins comme effet ou principe du sublime que comme son opération propre, son fiat. Le sublime est à la fois principe de savoir (il y a des signifiants du sublime) et principe de déstabilisation ou de métamorphose. Cette déstabilisation et cette métamorphose n’engagent pas seulement le sujet : elles ont une portée objective. Ce qui signifie non seulement que le sublime en impose aux hommes, mais qu’il entraîne un remodèlement du monde. Quels sont alors les liens entre l’invention, les phénomènes de croyance et les différents types de refondation ? Et pourquoi la véritable invention celle qui trouve sa force dans le temps obscur, mais vivant, de l’histoire est-elle si peu à l’ordre du jour ?
© Baldine Saint Girons
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Rubrique Esthétique
29 avril 2007