Collection « Vox populi »

 

 

Par Pierre Mari

www.contrepoinphilosophique.ch

Rubrique Bibliothèque

31 décembre 2006

 

Lorsque mon ami Jean Sur m’a annoncé qu’un petit éditeur avait répondu favorablement à son désir de créer une collection intitulée « Vox Populi », j’ai été tout à fait ravi. Le principe de la collection – donner la parole à des personnes issues de tous les milieux, et les faire parler de leur situation dans le monde d’aujourd’hui – me semblait extrêmement salutaire, en une époque où la sensibilité de chacun est travestie par le bavardage médiatique et confisquée par la rhétorique politicienne. Faire parler des employés, des ouvriers, des cadres, des professions libérales et des intellectuels, amener chacun à dérouler son itinéraire à la fois social et existentiel, pouvait-on rêver plus beau projet ? Ambition hugolienne, en un sens. J’avoue cependant que j’ai été sceptique, pour ne pas dire franchement réservé, quand Jean Sur m’a proposé de figurer, en tant qu’écrivain et formateur en entreprises, dans la première fournée de quatre titres, aux côtés d’un employé de banque, d’une étudiante de Clichy-sous-Bois et d’un ingénieur d’EDF. Je ne veux pas m’étendre sur les raisons de ma réticence. Il me semblait, pour dire les choses brièvement, que ma propre existence n’offrait pas matière à un tel livre, sans parler du faible intérêt que m’a toujours inspiré l’entreprise autobiographique.

 

J’ai fini par accepter, en me disant que je pouvais toujours me retirer si je voyais que les choses s’engageaient mal. Et puis, l’excitation est très vite venue. Une excitation intellectuelle, d’abord, due au fait que je pouvais formaliser des idées ou des intuitions qui n’avaient pas trouvé leur place dans mes livres précédents. Mais surtout la jubilation qu’il y a à « parler son existence », à y chercher des scansions, des ruptures et des principes de cohérence. Jean Sur m’avait dit, avant que je ne commence à répondre à ses questions : ni discours autocentré, ni surplomb sociologique, mais une parole qui entrelace l’existentiel et le social, et leur donne mutuellement sens et épaisseur. J’ai tâché de me soumettre à cette exigence, non par allégeance à un principe, mais parce que je la trouvais éminemment productive. Nous sommes accablés aussi bien de propos narcissiques que de constructions rhétoriques qui regardent le monde à distance. Soit la personne qui parle est envahissante, soit elle se met commodément entre parenthèses. Dire sa propre situation dans le monde présent, voilà sans doute ce qui est le plus difficile – et le plus nécessaire.

 

Il ne m’appartient pas de juger du degré de réussite des quatre premiers titres de la collection, sortis au mois d’octobre. Je suis trop partie prenante, et je connais Jean Sur depuis trop longtemps. Je peux dire une seule chose : cette collection existe, son promoteur est plein de foi et de fougue, et elle s’enrichira de nouveaux titres dès le printemps prochain (un peintre, un directeur de maison de retraite, une journaliste et un universitaire). En cette période pré-électorale où les politiques de tous bords se gargarisent de l’expression « démocratie participative », « Vox Populi » s’efforce de donner à ces mots un contenu vivant, capable à mon sens d’interpeller chacun.

 

© Pierre Mari

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Rubrique Bibliothèque

31 décembre 2006

 

 

Aux éditions Mettis (6, avenue Sébastopol – METZ)

 

-       Sabrina Amarache : Clichy-sous-Bois, mon bled

-       Gilbert Soury : Un employé de banque fait le bilan

-       Serge Parot : S’échapper, vous dis-je

-       Pierre Mari : Le côté du monde