Lucien Jerphagnon, Saint Augustin. Le pédagogue de Dieu, Paris, Gallimard, coll. «Découvertes», 2002, 127 p.
Par François Felix
En marge de la publication monumentale de l'?uvre de saint Augustin qu'il a assurée pour le compte de la Bibliothèque de la Pléiade (dont le dernier des trois tomes vient de paraître cette année), Lucien Jerphagnon livre un séduisant ouvrage d'initiation à la vie et à l'?uvre du maître de l'Occident dans cette merveilleuse «Bibliothèque pour tous» que constitue la collection «Découvertes» de Gallimard. Un ouvrage où, suivant l'habitude de la collection, le texte se trouve accompagné et comme commenté par une iconographie superbe et soignée, offrant notamment un florilège des représentations du saint, du haut Moyen Age au XIXe siècle.
Trois grands chapitres (le quatrième brossant un tableau du destin de l'augustinisme) servent à narrer les moments successifs de la vie d'Augustin : l'enfance et les années d'apprentissage dans l'Afrique romaine du IVe siècle, la montée à Rome d'un brillant ambitieux décidé à faire carrière, le retournement et la vocation chrétienne, la vie surchargée du prêtre et bientôt évêque dans l'exercice de ses divers ministères et la rédaction pressante d'une ?uvre immense souvent liée à son incessant combat théologique. Et, à travers ces différentes étapes, les interrogations, les doutes, les errances aussi et les ferveurs d'une âme assoiffée et inquiète, exigeante. Le tout présenté d'une manière vive, alerte, clairement au soin d'une intelligibilité large. Et qui n'est pas sans rapporter le parcours augustinien à une «logique interne» ou une continuité de sens, comme si mais qui s'en étonnerait ? les Confessions et leur effort herméneutique avaient servi de paradigme ou de ressort à l'auteur.
Peu hagiographe, plutôt philosophe que proprement théologien, le texte de Jerphagnon se montre particulièrement soucieux de faire voir la raison au travail dans la compréhension et l'orientation par Augustin de sa propre vie et l'élaboration de sa doctrine de la foi. C'est dire que c'est surtout selon les questionnements survenus en lui et qu'il soumet aux différents textes, auteurs et doctrines au contact desquels il a pu se trouver (Cicéron, les manichéens, le néo-platonisme, puis les différents courants divisant l'Eglise chrétienne du temps, mais aussi les Ecritures saintes elles-mêmes) que se trouvent présentés le cheminement spirituel d'Augustin et l'écriture progressive de son ?uvre. Une présentation qui est aussi l'occasion pour son auteur de tordre le cou à quelques clichés tenaces : la prétendue conversion ex alio d'Augustin au christianisme, le supposé «augustinisme politique»?
Au final, un Augustin aux prises avec lui-même, pécheur et anxieux certes, en quête en lui-même de Dieu indicible et à dire néanmoins, écrasé par sa tâche pluriforme de pédagogue de ce Dieu impérieux et gracieux, mais un Augustin pourtant qui, à le comparer par exemple à celui que présente Henri-Irénée Marrou dans une collection similaire, nous est apparu un peu plus confiant ou moins désemparé, plus en verve aussi, plus solaire plus heureux.
© François Félix
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Rubrique Bibliothèque
Juillet 2002