Daniel Marguerat et Denis Müller éd.

 

Mourir … et après ?

 

Genève

Labor et Fides

2004

 

Résumés

 

 

www.contrepointphilosophique.ch

Rubrique Bibliothèque

Mai 2004

 

 

Michel Cornu

La mort n'est pas un problème…

 

La mort n'est pas un problème, parce qu'il n'existe pas de solution à la question de la mort. Parler sur la mort pourrait être encore une façon de prendre le pouvoir sur elle, et donc la nier. Michel Cornu aborde la question par un autre biais, celui de l'origine : il n'a aucune prise sur son origine, puisqu'il doit son existence à ceux qui l'ont précédé. De même pour la mort : tout ce qui appartient à l'après-vie lui restera aussi inconnu, mais l'espérance, qui est attente de l'Autre dans un « à-venir » autre que le futur, peut aider à apprivoiser l'idée de la mort.

 

Youri Volokhine

L'au-delà en Egypte pharaonique : chemins mystérieux et corps féminin

 

En Egypte ancienne, la mort est considérée comme une violation de l'ordre cosmique et terrestre, une injustice inacceptable, un traumatisme. Le mythe d'Osiris reflète bien l'aspiration des Egyptiens à vivre éternellement dans cette région mystérieuse où l'homme, à l'image du dieu-roi, se rend après sa mort terrestre : la Douat. Bien qu'étant le monde des morts, celle-ci n'est cependant pas un monde mort, mais un lieu de vie, de renaissance, de renouveau. L'espace céleste est représenté comme le corps féminin de la déesse Nout : le soleil naît de son ventre le matin, il est avalé au soir par sa bouche. Naissance, mort et résurrection du soleil représentent la victoire sur la mort.

 

 

Armand Abécassis

De l'hébraïsme au judaïsme : mort et résurrection

 

La pensée juive sur la question de la mort et de la résurrection a évolué. Dans un premier temps, pour les Hébreux, la mort ne représentait pas un événement fâcheux : à sa mort, le défunt descend au sheol, le monde du silence éternel, dont on ne revient plus. Certains événements vont bousculer cette conception tranquille de la mort, à commencer par l'idée, insupportable, que certaines grandes figurent du judaïsme (Moïse, Elie) puissent simplement descendre au sheol et disparaître. S'ajoute la question de la justice de Dieu, la théodicée. L'incendie du Temple de Jérusalem en 586 et surtout la révolte des Maccabées au iie siècle av. J.-C. vont introduire dans la foi juive l'espérance d'un monde nouveau et l'idée de la résurrection individuelle.

 

 

Daniel Marguerat

Vivre après…un rêve ? un don ? un dû ?

 

Nul ne dispose d'un savoir sur l'après-mort : pour dire l'indicible de l'au-delà, les auteurs bibliques ont usé du langage image et du symbole. Mais sur le registre du croire, ils affirment l'espérance de la résurrection, qui témoigne de leur confiance : l'ultime parole sur la vie humaine n'appartient pas au monde, mais à Dieu. L'impossible capture du Christ par la mort, qui est la nouvelle de Pâques, atteste qu'une parole vient surplomber la béance du trépas, sans annuler sa cruauté. Daniel Marguerat oppose sur ce point résurrection et réincarnation, dont il montre l'incompatibilité : la première relève du don, alors que la seconde attribue à l'homme ce qui lui est dû. Ne faudrait-il pas, finalement, penser la résurrection comme la préservation de chacun dans la mémoire de Dieu ? Il y a, en chacun, une part imprenable que l'espoir de la résurrection préserve.

 

 

Christian Duquoc

Nihilisme contemporain et espérance chrétienne

 

Une forme du nihilisme contemporain entretient avec l'espérance chrétienne une curieuse connivence ; elle estime que seul le présent est intéressant, permettant un bonheur réel et non plus rêvé. De son côté, Jésus exhorte à ne pas se soucier du lendemain. Mais les premiers chrétiens ont très tôt constaté que leur foi en Jésus et en la promesse de la venue du Royaume n'avait rien changé à leur condition dans le monde : violence et chaos règnent toujours sur l'univers. La rupture entre le nihilisme et le christianisme se situe pour Christian Duquoc dans la dépréciation du monde par le nihilisme, qui conduit à une surenchère sur la beauté du futur et à la culpabilisation du présent. Ne nous abîmons pas dans une nostalgie d'un passé, ni dans l'attente d'un futur incertain.

 

 

Denis Müller

« La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde » (Arthur Rimbaud)

Méditation sur le sens du langage pascal à partir d'une énigme poétique

 

Denis Müller analyse un extrait d'un poème fameux de Rimbaud, où le poète parle non de la mort, mais de l'absence de la vraie vie. Comme Nietzsche, Rimbaud voit dans le christianisme une illusion propre à voiler la véritable luminositaieu 25), dont le poète fait une lecture à rebours, et avec le langage paradoxal qui provoque la foi. L'amour est à penser en lien avec le souvenir, et la haine en lien avec l'oubli : si nous prenons pleinement conscience de notre co-appartenance au monde des vivants et des morts, nous pouvons penser à la mort et à l'après-mort avec un regard neuf. Nous devenons capables de participer à l'éternité, sur cette terre et dans cette vie.

 

 

 

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Mai 2004