Paru en octobre 2005, Editions du Cerf, Paris, 378 pages

Karl Barth (1886-1968) est sans nul doute l’un des géants de la théologie chrétienne du XXe siècle, toutes confessions confondues. A l’instar de ses plus prestigieux modèles un saint Augustin, un Luther notamment c’est dans le corps à corps avec les Ecritures saintes, singulièrement avec l’épître de Paul aux Romains, qu’il s’est forgé une conception originale de la pensée chrétienne et qu’il a bouleversé de fond en comble la situation religieuse et théologique de son temps.
« Révolutionnaire » dans sa manière de vouloir congédier les théologies libérales du XIXe siècle et de contester en son principe toute forme de complicité du christianisme avec la monde profane ou même avec la modernité, le jeune Barth, celui des années 20, s’est peu à peu transformé en un imposant professeur de dogmatique et en un auteur universellement admiré, étudié, discuté, critiqué. Sa monumentale Kirchliche Dogmatik, publiée de 1932 à 1968, pour inachevée qu’elle soit, est devenue une référence, aussi bien à l’intérieur du protestantisme que pour le catholicisme romain, comme l’a montré son influence croissante sur des auteurs comme Balthasar, Bouillard et Kûng et sur un certain nombre de Pères conciliaires à Vatican II. Le créateur fougueux de la théologie dialectique et de la théologie de la crise en est venu à incarner aux yeux de beaucoup un barthisme figé ou une néo-orthodoxie conservatrice et autoritaire.
Le propos de cet ouvrage est de rompre avec les clichés et les idées reçues qui entourent la plupart du temps l’œuvre multiforme de Barth. Barth y apparaît en permanente recherche, ouvert aux enjeux de la culture et de la société civile, en dialogue critique, certes, mais également très réceptif avec les courants de la modernité et en prise avec l’actualité politique contre la guerre en 1918, contre le nazisme en 1993-1945, contre la bombe atomique et l’impérialisme américain à la fin de sa vie. L’éthique individuelle, mais aussi sociale et politique joue une place centrale dans sa pensée, elle est loin de se réduire à un simple appendice de la dogmatique.
Un survol très large, si incomplet et partiel soit-il, de la réception internationale de Barth permet de mesurer l’écho intellectuel et œcuménique considérable de cette théologie toujours en mouvement. Le choix de textes proposés à la fin de l’ouvrage mêle des passages devenus classiques à des aperçus dérangeants et détonnants de l’existence théologique, éthique, politique et culturelle de Barth. Gageons que le lecteur en ressortira stimulé et ébranlé : est-il prêt, lui aussi, à changer d’avis et à se mouvoir vers de nouveaux questionnements ? Consentiratil à s’exposer aux risques d’un exister spirituel et éthique sans garanties et sans filets ? La confrontation avec Barth ne saurait laisser indifférente aucune personne en quête de vérité et d’authenticité.
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Denis Müller est professeur d’éthique fondamentale et appliquée à la faculté de théologie protestante à l’Université de Lausanne depuis 1988. Membre de l’Académie internationale des sciences religieuses et de la Société européenne d’éthique, il préside l’ATEM (Association de théologiens pour l’étude de la morale) depuis 1999. Il est notamment l’auteur de L’éthique protestante dans la crise de la modernité (collection Passages, Cerf, 1999) et de Jean Calvin. Puissance de la Loi et limite du Pouvoir (Le Bien commun, Michalon 2001). Cet essai sur Barth s’inscrit dans les prolongements de sa quête d’une généalogie critique et reconstructive de l’éthique.
Par Denis Müller
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Rubrique Bibliothèque
Novembre 2005